mardi 4 octobre 2016

sTaReTZ † Go DoWN sOuTH




Deuxième album de Staretz, après Panettone Boogie en 2013, Go Down South est également leur premier sous bien des points. D'abord par la force des choses, le décès de Philippe Lombardi, guitariste et complice depuis plus de vingt années de Serge Fabre, a laissé un tel abysse au sein de la formation, et bien au delà, qu'il en devenait inimaginable de continuer en prétendant ne rien changer. On ne cherche pas un remplaçant à celui avec qui on a partagé tant de passion. Je ne cause pas là de musiciens se retrouvant au moment de monter sur scène, ou d'enregistrer quelques chansons. Serge Fabre et Philippe Lombardi étaient partenaires de vie, dans leurs nombreux groupes, dans leur label commun, Bang Records, dans l'amour de la musique et des disques qui se partagent dans le silence. Ces deux là n'ont été éloigné l'un de l'autre que par un étui de guitare glissé entre les deux sièges d'une voiture en route vers le prochain gig. Quand l'un pensait, c'est l'autre qui parlait.


Si son expérience et ses années passées à écumer la France, le Canada et le New-Jersey, font de lui le leader naturel de la formation, dont il est de plus l'unique compositeur (à quand un disque Composed, Arranged & Produced by) Serge Fabre n'en garde pas moins l'âme d'un homme de gang. Et s'il semble être encore le seul à douter de ses capacités à s'affirmer en solo, c'est avec bonheur qu'on le retrouve entouré du fidèle Eric Baldini à la basse (ancien membre des fabuleux Sad Knights), et du tout jeune guitariste Pablo Acedo, salutaire coup de pied au cul des deux croulants. Je taquine, mais il n'en demeure pas moins que le gars est foutrement doué pour ne jouer que l'essentiel et le faire de manière essentielle. Autant dire, la qualité la plus rare chez un guitariste. Je ne vais pas lui en tresser de trop voyantes, mais ce môme est la révélation du disque. Un instinctif.
A ces trois là, s'ajoute Christian Pagani à la batterie, venu en dernière minute pallié avec brio au départ de la chahuteuse Misty White


Surtout, Go Down South semble avoir donné une plus large place au producteur Olivier Cussac, grand manitou du légendaire studio Condorcet de Toulouse. Et pour un mec comme moi, qui lit des bouquins d'ingénieur du son plus volontiers que ceux des chanteurs, c'est un minimum de dire que ça compte. Plus encore quand le producteur est doublé d'un joueur de claviers hors pair, virevoltant au gré des chansons de l'orgue Hammond au Farfisa, du Wurlitzer au piano. Olivier Cussac apporte un courant d'air chargé de mille parfums à Go Down South, il ventile les esprits et l'ensemble swing avec une légèreté déterminée.

Mais vous pouvez coller Tom Dowd à des besogneux, ça n'en fera pas des orfèvres, vous pouvez habiller des plus beaux saphirs la brailleuse du quartier, ça n'en fera jamais la Callas. La qualité la plus évidente de l'album est celle des compositions de Serge Fabre. Pour le coup, il m'a scotché. Terminé de baisser la tête sur le guidon et de foncer droit devant en alignant les morceaux teigneux, place à l'émotion, notre homme a sorti sa palette de couleurs, et le tableau a une profondeur, une richesse de teinte, que j'aimerai entendre plus souvent dans un disque de Rock'n'Roll. Et si That's my home ouvre le bal avec des accents de Sneakin' suspicion dopé au Sunny Delight, c'est avec une fraicheur que le groupe de Wilko Johnson et Lee Brilleaux n'avait déjà plus au moment de graver leur troisième album. De toute façon, autant faire tir groupé, les morceaux les plus enlevés sont maitrisés, enthousiastes, puissants, rouleurs des mécaniques, Staretz connait son Bo Diddley beat sur le bout des doigts, n'en parlons plus. Vous avez là de quoi faire virevolter vos soirées sans choper une gueule de bois. Il n'empêche que ce qui me branche le plus, c'est tout le reste. Et, coup de bol, tout le reste il y a.

A commencer par mon hit du moment, ma cajoleuse ensorcelante, Should I let her know. Purée, ce que je l'aime celle ci. C'est mieux qu'une chanson, c'est une promesse. Celle d'entendre Serge Fabre sans fard, ni carapace, l'âme à nue, comme Gram Parsons en d'autres temps. Est-ce par clin d’œil au Grievous Angel et à Emmylou Harris que la jeune Heloïse Bourret vient mêler sa voix à la mélodie ? Sortez moi ça en single et que les radios fassent leur boulot. Venez pas me chatouiller avec vos émissions d'indépendants de la FM, vos prétentions de D.J insoumis, si ce titre là ne s'immisce pas illico dans votre playlist. 


Go Down South porte bien son nom, l'album trace sa route en direction de Memphis plus souvent qu'à son tour, pour preuve l'impeccable Rolling down my way et son piano roublard, avant de bifurquer sur les terres du Rhythm & Blues avec un (Let's try) My way of loving au jumpin' groove plus tendu qu'un corset sur la poitrine d'Aretha Franklin. Ce machin là est emballé, c'est pesé comme un single du Spencer Davis Group. Et croyez moi sur parole, quand Jesus vient avec son Dobro conclure la première face, il n'existe plus de frontière, ni d'océan, entre la Garonne et le Delta du Mississippi.


Je vous ai causé du son façon juke joint ? A croire que les gonzes ont transformé le studio Condorcet en sous sol de villa de Villefranche-sur-mer. Écoutez les guitares sur Radio man, qui viennent se chercher des crosses tandis que l'orgue tapisse l'arrière salle. Exile on Concorde Street. Un peu plus loin sur cette seconde face, Canadian tears réalise ce petit miracle de faire s'épouser délicatesses Country et accents Jazzy à la Leon Redbone tout en réussissant le tour de force de sonner comme du Lou Reed ! Avec la ballade sous tension, Can't stand the truth, ce Canadian tears me fait regretter qu'il ne se soit pas glissé dans la tracklist un ou deux titres supplémentaires dans cet esprit là. Staretz démontre une telle capacité à élargir le spectre qu'il en devient presque réducteur pour eux d'aligner deux rocks d’affilée, fussent-ils de haute volée. Ce n'est que mon avis, mais je le partage.


Reste que Go Down South s'impose sans hésitation comme le disque indispensable pour aborder la dernière ligne droite de 2016. De quoi se tenir droit face aux bourrasques de mistral et aux coups bas de l'existence. Et si tous ceux d'entre vous qui se réclament des Dogs, du J.Geils Band, du E.Street Band, de Bob Seger, du Memphis sound, de Muscle Shoals, de la Soul, du Roll, du Pub et du Rock ne passent pas commande illico presto sur le site de Bang Records, c'est alors à n'y plus rien comprendre. Ou plutôt, si. Et c'est surement pire. Staretz, Go Down South, maintenant chez vous et dans les vitrines de tous les disquaires compétents. Faites passer le message.

Hugo Spanky 
 Bang records




12 commentaires:

  1. https://www.youtube.com/watch?v=bA-yhQuGDxU

    https://www.youtube.com/watch?v=HRe5LsAQc2U

    https://www.youtube.com/watch?v=XQsysLl-EBY

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  2. C'est vrai qu'il y a du Feelgood dans ce premier morceau, mais pourtant -et c'est bon pour tout le reste de l'album-, y a une super dynamique et une légèreté qui en font cette rareté si dure à trouver aujourd'hui. La raison pour laquelle je n'écoute que des groupes de l'an 40 (enfin 70 pour être plus précise)^^

    (Je me disais on dirait Tony Truand derrière mais c'est lui en fait ! ;)))

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  3. Hugo il est malin "Should I let her know" on a envie mais non, pas dans les extraits Et le Youtube est pas convaincant. En attendant Deezer m'a servi le DOGstyle du premier. Qui en est bien éloigné. Un coup à la Flamin Groovies? Entre deux albums l'impression qu'il y en a eu d'autres, sinon comment expliquer le "changement"... Tu vas quand même pas me faire acheter un disque... quand même. Oui? Hein? Ha bon! Bon, je vais voir sur le site, si c'est que du vinyle... pas question de rechercher un diamant pour ma platine poussiéreuse. Quel p'tain de vendeur tu fais ;-)

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    1. Ben voilà, y'a plus qu'à attendre le "transfert". J'ai craqué... peut-être d'abord pour une chanson que je n'ai pas entendu + quand même "Canadian Tears" Pour "That's My Home" le "Sneakin" like est pour moi un poil survendu... juste un pfff pfff pfff poil.

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    2. Je suis d'accord que les extraits youtube rendent pas justice au groupe, loin de là. Y a pas de son, l'énergie passe pas, c'est le soucis des machins filmés au téléphone portable, ça fait un souvenir mais ça devrait pas sortir du salon. La remarque est valable même pour des mieux armés que Staretz en matière de moyens.
      Sneakin' suspicion, c'est clairement pas un calque, mais c'est ce qui m'est venu à l'esprit pour situer un peu. C'est un peu abstrait de causer d'un groupe sans le situer un minimum, et comme prendre les Flamin' Groovies en exemple, c'est pas quelque chose que je ferais pour dire du bien...))))
      Tu ne seras pas déçu, l'album est vraiment bon d'un bout à l'autre (ils ont même casé leur The ox à eux en toute fin de parcours). Je t'encourage aussi à écouter le reste des productions du label, il y a de vraies merveilles qui sortent des sentiers battus.
      Et reviens me dire ce que tu penses de Should I let her know.

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    3. Un rebond sur Flamin... il y en a "deux" et le "Teenage Head" est l'album que j'ai regretté de ne pas avoir écouté en même temps que les Stones de l'époque "Sticky" Là ou "Shake Some Action" me laisse davantage indifférent.
      un titre comme
      https://www.youtube.com/watch?v=14MkbmML4YY
      en 71 ... tu as là un RIFF... Impossible que tu n'en dises pas du bien ;-)

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    4. Oui, moi aussi j'aime Bo Diddley)))) Ceci dit, c'est vrai que le riff est bon, ça tombe bien pour eux, vu qu'ils n'en changent pas...
      J.Geils au secours !!!!

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    5. ha ha Parti comme c'est parti, à chacune de tes remarques, hop un extrait pour te contredire. Bon, pas pour te contredire mais pour ne pas laisser passer l'occasion aux lecteurs de passages de passer à côté de l'album "Teenage Head" (Je me relis et je me demande si c'est bien compréhensible ;-) )
      Bo Didley, oui bien entendu, il faut savoir que j'ai été heureux de l'arrivée d'un groupe comme les INMATES qui reprenaient la recette inépuisable =>
      https://www.youtube.com/watch?v=bP4L90s3aOc
      Comment peux tu dire qu'ils n'ont qu'un son (je sais tu as parlé de riff) Un titre tres STONES 70's (Ha ha tes préférés)
      https://www.youtube.com/watch?v=2MFpeS_Wb8c
      Et ce rock, là hein??
      https://www.youtube.com/watch?v=MiGaa3tbzvU
      Qu'est ce que tu me parles des J geils comme si il n'y avait pas de place pour les Flammin...
      Pour la peine je reviens plus tard pour Staretz et son "Should I Let Her Know"
      Et puis, tiens, en m'écoutant "That's My Home" je me disais que tu étais bien injuste avec les Flammin... 1971 tout de même.
      (PS j'adore Bo didley..!!)

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    6. Je ne vais donc pas t'étonner en te disant que les Inmates m'ennuient au plus haut point. Comme ce city light d'ailleurs. C'est rigide ! Le seul groove qu'ils ont, est dans leur nom. C'est, pour moi, la grande différence avec les Stones ou J.Geils, eux sont funky. Les Flamin' Groovies me font le même effet que pas mal de groupes de punk anglais, c'est du boogie, du Status Quo un brin plus nerveux...mais tout aussi peu passionnant. Il manque toujours un élément dans l'équation, tantôt la qualité des compositions (c'est maigre en mélodie et en surprises), tantôt des idées dans l'interprétation. Je préfère Creedence, voila un groupe basique mais qui savait varier les paysages.
      Pour en revenir à Staretz, c'est un reproche que je fais au premier album, il est ultra efficace, mais j'ai rarement envie de l'écouter, il est linéaire. Alors que Go Down South, c'est pas That's my home dix fois de suite, il y a un voyage au fil du disque. Je compare souvent l'écoute d'un album à un voyage en train, parfois c'est Carcassonne/Castelnaudary et parfois c'est les montagnes russes, la grand roue, le train fantôme, New-York/Los Angeles avec arrêt au Minnesota, au Michigan, en Louisiane, Alabama et Tennessee. Je suis gourmand, faut que ça continue à me faire travailler les méninges même après que le diamant a quitté la wax.

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    7. je comprends la métaphore et je ne partage pas ton avis...
      Mais revenons à "Sould I Let Her Know" ... elle m’énerve cette chanson, je n'arrive pas à l'écouter normalement. Dès le début il y a cette voix qui me fait penser fortement à ...??? Voilà je ne retrouve pas, je fouille dans ma mémoire pour retrouver une bribe de mélodie mais rien. J'ai cru à "I Can Help" mais non. C'est terrible comme impression. Alors parfois je retente. Pour le reste forcément pour continuer à positiver les titres comme "Won't You Come On Home" ou " Go Down South" m'éclatent bien et si ils me font penser à etc... Au moins je vois. Mais p'tain qui est ce qui chante comme ça. Un côté "canard" je sais pas. Ha ça m'énnnneeeeeerve.

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  4. ici tonton calou, j'ai commencé mon écoute par le "tupelo blues" de john lee hooker et me suis souvenu des arguments lu ici, me voilà à écouter la sélection hugo pour la suite de mes mix nocturnes bières et cigarettes ... bon enchainement en autre variation bleutée avec le "canadian blues", puis les autres titres, ça roule cool ... là je vous écrit avec alex chilton album "high priest" ... les ambiances se croisent bien et prennent, j'irais avec plaisir écouter ça en concert, passez le bonsoir ... c'était radio arcade pour mon confort d'écoute, vous ratez quek chose ... je vous quitte avec la version de "volare" par notre ami alex, a bientôt sur les ondes

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