dimanche 3 juin 2012

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La révolution sociale des années soixante, la guerre du Vietnam, la libération sexuelle, la politisation des universités, tout cela Ed Kemper ne l'a pas vécu. A sa sortie d'Atascadero (institut psychiatrique) il est frappé par les nouvelles habitudes vestimentaires des jeunes et il est particulièrement écœuré par les hippies qu'il juge sales et indignes. Il continue de s'habiller de manière conservatrice, avec des cheveux coupés courts et une moustache qu'il entretient avec soin.
                              (Stéphane Bourgoin)


Ed Kemper un début de solution face à la prolifération des punks à chiens ? 
Pas vraiment, notre homme, définitivement de bon goût malgré ses défauts pour le moins encombrants, refuse tout net de toucher, violer ou ne serait-ce qu'assassiner des êtres qui, comme les hippies de son époque criminelle, le débectent de par leur apparence négligée et la crasse qui se dégagent de ces sinistres personnes.


Pour avoir l'honneur d'être victime de Kemper, il faut d'abord répondre à un questionnaire qu'il soumet à chaque innocente auto-stoppeuse ayant eu l'idée saugrenue de monter dans son véhicule. Une série d'anodines questions visant à établir un portrait rapide de sa proie. Si la jeune fille se montre méprisante, hautaine, s'affiche de bonne famille bourgeoise, elle finie immanquablement démembrée. Kemper est ainsi, joueur et taquin. Il ramène le cadavre dans sa chambre, le décapite, viole le corps encore chaud avant de s'en débarrasser et de ne conserver que la tête avec laquelle il s'amuse une semaine ou deux, bref jusqu'à ce que la lassitude  prenne le pas sur la passion. Ed Kemper est d'une banalité désespérante.

Entre deux séries de crimes notre homme à ses habitudes dans un bistrot majoritairement fréquenté par la police locale, il sympathise avec bon nombre d'agents des forces de l'ordre, au point que son interlocuteur pensera à une blague et lui raccrochera au nez lorsqu'il téléphonera au commissariat pour se dénoncer !

Car Ed Kemper en a marre, marre de nettoyer tout ce sang, il sait trop bien qu'il ne maîtrisera jamais son instinct de tueur, que cette barbarie doit cesser. Mais pas sans que soit exécuté le crime dont tous les autres n'étaient que préparatifs, celui de sa mère, castratrice et d'une autorité complexante, sa mère à l'origine de tous ses maux, seule responsable de son dysfonctionnement. Sa mère dont la tête aura l'honneur d'être exposé sur la cheminée et de servir de cible à fléchettes. Mais son corps ne sera source d'aucun plaisir posthume, Ed ne mange pas de ce pain là.


A la lecture du livre de Stéphane Bourgoin, Ed Kemper se révèle étonnamment attachant, doté d'un QI de 136, le gars n'a rien d'un énième débile profond, bien au contraire, son esprit affûté et sa complète collaboration avec l'auteur rendent son parcours, s'il n'est pas excusable, pour le moins humain. Aussi incompréhensible que cela puisse paraître de prime abord, Ed Kemper fait preuve d'une telle franchise envers lui même que l'on découvre l'individu derrière le monstre. Sans se chercher d'excuse, ni prononcer de réels remords, Kemper raconte son inévitable histoire, la seule qu'il pouvait vivre, selon lui, avec l'éducation qu'il avait reçu. L'histoire d'un enfant terrorisé par la société qui l'entoure, frustré et maltraité par son alcoolique de mère et qui s'enferme lentement dans un monde de fantasmes. 
Devenu adulte, Ed Kemper, 2m10 pour 160 kgs n'est plus que fureur et frustrations.

Son intelligence l'a mené à se rendre à la police, à collaborer avec le FBI afin de dresser les premiers profils de tueurs de masse, enfin elle l'a mener à comprendre qui il est et ce pourquoi il agit ainsi. Elle aurait pu aussi lui permettre d'échapper à la justice et de continuer sa série de meurtres pendant encore longtemps.


L'ogre de Santa-Cruz est un livre passionnant, surtout de par l'approche de son auteur. Contrairement à la sale habitude des biographes français, lui s'est rendu sur place, à rencontré et interviewé personnellement le tueur. Il a aussi su raconter les crimes sans jouer la surenchère, sans sensationnalisme à deux balles. Stéphane Bourgoin se plonge dans ce monde torturé après le viol et l'assassinat de sa copine par un serial killer, pourtant son écriture ne trahie ni acharnement, ni manque d'objectivité. Il cherche sans cesse à apercevoir l'être humain même au cœur des tueries, lorsque l'individu n'est plus que pulsions sauvages. 
Il ne recule pas devant un brin d'humour, comme cette anecdote de l'agent du FBI, seul avec Ed Kemper dans une cellule d'interrogatoire de pénitencier. Une fois sa tâche terminée, l'agent sonne une première fois le garde afin qu'il vienne lui ouvrir, rien ne se passe, il sonne à nouveau quelques minutes plus tard puis encore une fois. Kemper le regarde, esquisse un vague sourire et lui dit « Personne ne viendra à cette heure ci, c'est l'heure de la relève de la garde et du repas des condamnés à mort, pendant un quart d'heure nous sommes livrés à nous même...»


Au fil de ses différentes enquêtes, plusieurs dizaines, Stéphane Bourgoin a également croisé la route d'Henry Lee Lucas et de son amant Ottis Toole, tout deux emprisonnés à perpétuité.  
La main de la mort raconte leur sinistre épopée.
Henry Lee Lucas, c'est un peu Délivrance à lui tout seul, il tue sa mère, une prostituée qui l'oblige, enfant, à la regarder faire son boulot, il viole et égorge comme on va pisser, baise chiens, cochons, chèvres et s'octroie même parfois de cocasses fantaisies en décapitant au préalable la copine de Mr Seguin.



Sa rencontre avec Ottis Toole n'arrange pas les choses, à eux deux, ils deviennent une véritable entreprise de mort. Crucifixion, crane fracassés à coups de pierre, kidnapping d'enfants, snuff movies, appartenance à une secte satanique se livrant à des orgies sanguinolentes mêlant crimes, cannibalisme et sexe outrancier, les deux hommes ont tout fait et pas qu'un peu, leur parcours criminel bien que régulièrement interrompus par des peine de prisons toujours à minima s'étale sur trois décennies !
Bizarrement, Henry Lee Lucas d'abord condamné à mort sera gracié par un Georges Bush Jr décidément sacrément épatant. En voilà un qui doit avoir de sacrés penchants.
Surtout que le parcours du gars Lucas n'inspire aucune clémence. Avec lui on tombe dans le sens premier du terme « tueur de masse » le nombre de ses victimes et de celles de son amant est estimé entre 300 et 600 !


 

Là encore le bouquin est captivant, véritable voyage aux tréfonds de l'horreur il ne ressort aucune trace d'humanité de ce duo, juste deux rednecks définitivement carbonisés, perdus entre démence, vaudou et LSD en quantités industrielles. Henry Lee Lucas est jovial, vantard, il raconte son parcours comme on raconterait des souvenirs de l'âge turbulent, Ottis Toole est torturé, lâche, et les savoir mort tous les deux n'émeut pas plus que d'écraser une mouche contre un carreau. Il suffit juste de s'inquiéter un chouïa si après lecture de ces ouvrages vous vous retrouvez à contempler les intestins de l'insecte...




Hugo Spanky

4 commentaires:

  1. En général, j'hésite à ouvrir un titre de ce genre de collections. A ce jour diverses tentatives n'ont jamais dépassé les premières pages, mais le compte-rendu de "L'ogre de Santa Cruz" donne vraiment envie d'y plonger. Ça semble sérieux et puis l'univers mental du serial killer américain est à la fois si lointain et si proche que s'en est troublant. Chouette recension.

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    1. Je viens de finir le livre, oui, c'est en effet très troublant. La terreur psychologique qu'il fait vivre à ses victimes dans sa voiture fait penser à un sale huit-clos qui n'aurait qu'une seule et fatale issue. Une lecture morbide, mais très intéressante ethnologiquement parlant ;))

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    1. Merci pour l'info, j'en profite pour te confirmer la bonne tenue des livres dont il est l'auteur, rien à voir avec le racolage habituellement lié à ce genre d'ouvrages. Bourgoin fait un travail sérieux et reconnu comme tel, de plus son écriture est réellement captivante.
      Reste plus qu'à avoir l'estomac bien accroché.

      Hugo

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