samedi 15 novembre 2014

STeVie NiCKs, SoNGs FRoM The VauLT


Stevie Nicks c’est Suspiria et Chromosome 3 à elle seule. Magie, sortilège et tisane de thym. Si Joni Mitchell est la glace, Linda Ronstadt le feu, Stevie est la terre. La seule nourricière des trois mères. Celle dont l’influence rayonne à ce jour encore avec le plus d’éclat.
Son nouvel album est un véritable festin. Les compositions sont remarquables et plus surprenant irrésistiblement rock, Stevie déploie une énergie débordante à des années lumières de son image stéréotypée de vaporeuse princesse hippie.


Depuis 2001 et la sortie de son chef d’œuvre solo, Trouble in Shangri-La, Stevie Nicks a reprit les rênes d’une carrière longtemps assombrie par des problèmes d’addiction médicamenteuse. C’est pas tant qu’elle s’est mise à aligner les disques comme on aligne les capsules un soir de beuverie, plutôt qu’elle s’est allégée l’esprit et contentée de ne faire que selon son plaisir. Que j’aurais volontiers partagé si la tournée qu’elle effectua en 2007 avec Chris Isaak avait traversé l’Atlantique et trouvé asile dans notre contrée. Ce ne fut pas le cas et je suis fatigué de m’en étonner.



Tout juste si son précédent disque sorti en 2011 fut distribué par ici, pourtant il ne manque pas de qualité ce In Your Dreams réalisé avec la complicité de Dave Stewart, décidément omniprésent dans les bons coups. Je voyais tout ça d’un peu loin, donc, comme on prend des nouvelles d’une amie que le temps a éloigné. Vous savez ce que c’est, on télécharge la chose comme on échange des mails, on se dit pendant quelques jours qu’on est vraiment con de ne pas se donner plus de mal et puis on passe à autre chose. Et de toute façon je ne m’attache qu’aux disques que je peux posséder en vinyl. Incorrigible matérialiste que je suis.




Le monde malgré sa sale gueule est bien fait et comme tout ce qui meurt revit un jour -évangile selon St Bruce- voila t-il pas que les vinyls remplissent à nouveau le rayon nouveauté et que ce 24 Karat Gold Songs from the Vault fut annoncé en beau pressage double disques. Ok, le machin a un titre à coucher dehors mais ça s’explique. En langage de béotien face à l’artiste, ça donne ça : Stevie Nicks souhaitant étoffer sa carrière solo à un moment où elle obtient une nouvelle reconnaissance, entre autre en participant à la saison 3 de American Horror Story, a décidé de ne pas attendre deux ou trois ans que sa muse lui souffle une ribambelle de nouvelles mélodies et a opté pour l’enregistrement illico presto de toute une farandole de chansons écrite entre 1969 et 1987 qu’elle avait jusque là laissé à l’état de maquettes, voire de gribouillage sur du papier.
Pas folle la guêpe. D’autant qu’elle va avoir du pain sur la planche dans les mois qui viennent avec la reformation de Fleetwood Mac et la tournée mondiale qui s’annonce (sortez pas vos canettes vides les punks, ils ne tourneront sans doute pas en France).





Stevie Nicks pour ceux qui débarquent à l’instant de Saturne c’est la blonde californienne par excellence. Une beauté camouflée sous des dizaines de foulards, de châles, aux jambes gainées de platform-boots affriolantes. Et plus que tout, une voix reconnaissable entre mille. Stevie Nicks aucune autre ne lui ressemble.
Imposée par son chéri d’alors, Lindsey Buckingham, au sein du renaissant Fleetwood Mac, elle va offrir au groupe, réticent à sa venue, ses plus gros hits ainsi que quelques-unes de leurs plus marquantes compositions. Rihannon, Sarah, Gold dust woman, Silver spring, Gypsy, Dreams, Landslide....autant de chansons devenues des classiques ombrageux du répertoire ensoleillé.




Lassée de devoir batailler pour s’imposer au milieu des égos survitaminés des membres de la succursale multi-platinée, Stevie Nicks optera pour l’indépendance au début des années 80 et brillera en solo dès son triomphal coup d’essai, Bella Donna, l’album de Edge of the seventeen et Stop draggin’ my heart around son duo avec Tom Petty. Ensuite viendra The Wild Heart, l'album de Beauty and the beast, une chanson comme il en existe peu. Beaucoup des titres qui compose son nouvel opus datent de cette période de créativité confinant au délice.


Première constatation et pas la moindre, 24 Karat Gold songs form the vault est aussi concis que tranchant. Le disque vous saute à la gorge d’emblée avec Starshine et ne vous laisse plus la moindre seconde de répit. Aucun temps mort dans ce recueil de ce que le Rock californien peut offrir de meilleur. Pas un seul titre putassier, pas l’ombre d’un morceau de remplissage, pas une seule baisse de tension dans la combustion, seize chansons soignées, seize mélodies dotées de ce charme indéfinissable qui fait que l'album à pris demeure sur ma platine. Dave Stewart et l’inoxydable Waddy Watchel sont aux manettes et partagent les instruments avec Roy Bittan du E.Street Band ou encore Benmont Tench des Heartbreakers. Quelque chose comme un casting de rêve, le véhicule idéal pour un voyage entre gifles et caresses.


All the beautiful worlds that I have seen so far have all fallen down chante Stevie sur un des plus saisissants titres du disque, du moins jusqu’aux premières notes de piano de la chanson suivante, Lady, une de ces ballades qu’elle interprète en y mettant son cœur, ses tripes et toute la magie qu’elle sait créer en dévoilant la nudité de son âme. Car c’est de cela dont il s’agit, toutes ses chansons si personnelles qu’elle préféra longtemps les taire, sont emplies de rébellion, nourries d’une virulente féminité, brulantes de combativité, celles d’une femme qui voulut tracer sa voie à sa seule façon dans le man’s man’s world de la rock music et qui aujourd’hui refuse de cacher les cicatrices qu’elle porte dans sa chair. Stevie Nicks parle de nous, les mecs, avec peu de ménagement mais beaucoup d'amour et sans jamais nous claquer la porte au bec.


Avec tout ça, vous êtes prévenus, libre à chacun de rester sur ses préjugés, libre aux autres de s’offrir ce mélange de sucre et d’acide, ce sunny delight pour l’esprit à la pochette qui se charge de ravir le corps. Avec ce nouvel album Lady Stevie Nicks réaffirme avec arrogance que la place de la Femme dans le monde de la musique se situe tout en haut. Et qu'on ferait bien de faire gaffe à nos miches s'il nous venait l'idée de l'oublier un peu vite. Dévoué et consentant, je signe.

Hugo Spanky


lundi 10 novembre 2014

aLiCe CoOPeR


De tous les pittoresques personnages à s’être affichés dans ma chambre d’adolescent, Alice Cooper ne fut pas celui qui y fit l'entrée la plus discrète. C’était à l’occasion de son retour en France pour sa dernière tournée dans notre pays avant un bon moment, l’excentrique en chef défendait son album Special Forces sortit en 1981. Le single qui en fut extrait, Who do you think we are, m’avait instantanément accroché, pire que ça, j'avais complétement décapsulé. Soudain saisi d'une irrépressible fringale de perversions vinyliques, il me fallait tout. Découverte après découverte, ce fut un univers tout entier qui m'apparut, grandeur et décadence du fada de Detroit.

C'était pas rien de dénicher l'intégrale du bonhomme en étant basé à Dijon. Armé du minitel, de 50 francs d'argent de poche et du téléphone orange de mes parents, je passais en revue tous les disquaires des moindres villes qui me venaient à l'esprit, quand l'un d'eux avait un album qui me manquait, j'envoyais un chèque en croisant les doigts. Je ne me suis jamais fais arnaqué, mais ça m'a pris un bail et j'ai dû vendre tous mes Batman, Strange, Nova, Rahan sur le marché des halles. Même les Hara Kiri du grand frère y sont passés, en douce. Je dois dire que j'étais parti la fleur au fusil, trompé par un flyer de la maison de disques qui annonçait seulement 5 ou 6 albums dans sa discographie. Las, ce n'était que ceux encore distribués en France. Quand j'ai découvert la véritable teneur de son œuvre, j'ai cru vaciller. 
Bon, j'ai jamais regretté, je les ai encore à peu près tous, ce qui est rare avec moi, et j'en ai adoré la plupart même si ce sont les trois albums de cette période, début 80, qui sont restés mes favoris. Flush The Fashion, Special Forces et Zipper Catches Skin. Trois albums racés, modernes, aussi bref qu’efficaces. trois albums avant qu’il ne retombe dans la bouteille et ne disparaisse pour plusieurs années. 



Flush The Fashion de 1980 est le plus étonnant, des morceaux mêlant guitares hard rock et minimalisme électronique digne de Suicide et évoquant largement les Cars, dont il partage le producteur, Roy Thomas Baker, le tout sur des reprises garage (Talk talk), du Rockab' (Leather boots) ou des compositions originales parmi ses meilleures. Pain par exemple, un texte splendide sur les douleurs humaines les plus insidieuses, vicieuses et intimes. Alice est successivement le cri de la fille que l’on déflore, les trous dans les bras du junkie en manque, le sel de la sueur sur la peau de l’esclave entaillée par le fouet et plein d’autres choses encore tout au long de ce morceau absolument sans équivalent. Alice Cooper nous l’assure, c’est un compliment pour lui que d’entendre nos hurlements de douleur des nuits durant. Puisque cette douleur, c’est lui. 
 



Special Forces conserve la modernité de son prédécesseur en la dotant d'un son plus gras, plus Hard. Outre Who do you think we are qui d'emblée place la barre tout en haut, la reprise de 7 and 7 is de Love, Don't talk old to me, le glacial Skeletons in the closet enchainé sur le surprenant et addictif You want it, you got it et You're a movie forment l'ossature d'un disque qui garde toute son inventivité malgré le compteur qui tourne sans cesse. 
Faut dire que comme pour Flush The Fashion, Alice Cooper ne s'est pas entouré de manchots, allant puiser dans ses relations de longue date il s'adjoint les services des rescapés de la bande Frank Zappa/Captain Beefheart/Flo & Eddie et des anciens de Cactus et Iron Butterfly. 
  



Pour Zipper Catches Skin s'ajoute à tout ce beau monde le guitariste Dick Wagner qu'Alice Cooper avait partagé avec Lou Reed dans la seconde partie des 70's pour injecter du venin à quelques uns de ses albums les plus ambitieux, Welcome To My Nightmare et Goes To Hell.  Zipper Catches Skin (la peau coincée dans la braguette...) est un disque à double visage, retour aux sources sur la première face et continuité dans la modernité avec une mise en musique d'un film d'horreur pour les oreilles sur la seconde. C'est cette deuxième face qui en fait un de mes favoris hors compétition.



Avant d'en arriver là, Alice Cooper avait déjà pas mal morflé, les années de gloire avaient été pour lui un savoureux cauchemar. Il reste le seul survivant avec Ringo Starr de la clique des vampires de Los Angeles, Keith Moon, John Lennon, Harry Nilson, Warren Zevon, ceux là et bien d’autres paieront le prix fort pour s’être noyés dans les nuits blanches, très blanches, de L.A.
Par chance Alice Cooper n’aime que l’alcool, il ne fume, ni ne se came, préfère la compagnie de Vincent Price, Groucho Marx ou Salvatore Dali à celle des junkies en vogue. Par contre, rayon liqueurs, c’est sans limite. Dans un moment de lucidité, il se fait interner quelque part vers 1978, chez les zinzins, les trépanés du ciboulot. Il y passe des mois entiers et en tire un disque plutôt naze qu'il décrit comme son meilleur, From the inside, qui précède ma trilogie de rêve. La cure ne sera efficace qu’une paire d’années puis ce sera le retour à la case départ. En pire. Ceux qui l’ont vu, magnifiquement dépravé dans le Spécial des Enfants du Rock savent de quoi je parle. Rien qu’à le voir, il fout les miches. Mais il assure. D’ailleurs la tournée Special Forces fait un carton et même Johnny Hallyday, devenu présentateur télé le temps de cet été 1982, lui consacre une émission de sa série Souvenirs, Souvenirs, un format court diffusé sur Antenne 2.

 


C’est via une musique de film qu’Alice réapparait en 1986 avec un single tout mal branlé mais accrocheur au possible, He’s back (the man behind the mask) placé sur la B.O de Vendredi 13 part.6. Quand je dis accrocheur, je parle pour moi, le machin prendra un bide, mais replacera néanmoins Alice sur l’échiquier mondial des sorties de disques. D’abord pensé comme un comeback de folie avec Joe Perry et Andy McCoy (Hanoï Rocks) aux guitares, cet énième retour de notre homme s’avérera plus modeste après que Joe Perry ait choisi de reformer Aerosmith et qu’Andy McCoy ait replongé dans la dope. C’est un clone de Rambo Stallone qui les remplacera avec énergie, mais sans génie. Si les disques se vendent mal, les salles sont pleines et comme en témoigne la VHS The Nightmare returns les concerts sont à la hauteur de la légende. Et vas-y que j'étrangle l'infirmière avec les manches de la camisole, que je fais le zguègue avec une poupée gonflable, décapitation de bébés par ci, guillotine par là, la sanquette pisse de partout et le groupe envoie du béton.


 
  

Lassé de ne manger que les miettes du savoureux festin du Hard FM, Alice Cooper décide de frapper un grand coup en 1989. Usant de sa réputation et de la côte qu’il garde auprès de ceux qui ont grandi au fil des seventies, il recrute le gratin du moment pour concevoir un album aussi irréfutable que jouissif et efficace, Trash. Doté d’un single en or massif au texte cauchemardesque évoquant le sida, Alice va crever les sommets avec Poison, un hit imparable comme il n’en avait plus connu depuis School’s out quasiment 20 ans plus tôt. Outre le Hitmaker Desmond Child le disque regroupe Aerosmith au complet, la clique à Bon Jovi et toute une palanquée de guests, parmi lesquelles Joan Jett, pour un disque calibré MTV mais redoutablement corrosif aujourd’hui encore. Trash n’a pas pris une ride, il est putassier, chromé et indéfendable auprès des puristes. M’en fous, je hais les puristes.

  
  

 
Alice Cooper va alors déjouer tous les pronostics, l’incarnation du phénomène américain par excellence, programmé pour finir dans son vomi au Chateau Marmont ou déchu et aigri façon Phil Spector va non seulement garder la forme mais en prime se voir adoubé par la nouvelle génération de metalleux triomphants. Twisted Sisters l’embarque ainsi que Brian Setzer, Billy Joel et Clarence Clemons pour un Be cruel to your school diablement and roll puis c’est Guns’n’Roses qui l’invite aux sessions de Use your illusions.
Depuis Alice Cooper a enregistré des truc bien meilleurs et d’autres sacrément anecdotiques. Les fans de la première heure se régaleront de The Last Temptation, tentative parfaitement réussie visant à moderniser son fond de commerce des 70‘s avec l’aide de Soundgarden et d’une bédé signée Neil Gaiman (auteur de Sandman) ou plus récemment avec Welcome 2 My Nightmare, une suite incohérente mais plutôt bien foutue de son concept album de 1975. Eyes of Alice Cooper et Dirty Diamonds, deux excellents albums paru en 2003 et 2005 sont fortement conseillés également quoiqu’un chouia uniformes tandis que Brutal Planet et Dragontown, sous influence Rob Zombie, combleront les fanas du Hard tendance Indus.  



Il n’y aura guère que le cinéma, dont il est pourtant pour beaucoup issu, qui ne saura pas quoi faire du personnage, lui le fanatique de la Hammer, l’ami de Vincent Price et Groucho Marx, ne trouva jamais de rôle à sa démesure. Pourtant le potentiel est bien là, drôle de rendez-vous raté que celui là qui n’ira pas au delà de quelques savoureuses apparitions dans Sgt Pepper’s, La fin de Freddy (le papa de Freddy Krueger c’est lui) Wayne’s world ou Le Prince des ténèbres. Il faudra attendre 2009 et l’hilarant Suck pour le voir sur grand écran dans un rôle conséquent aux côté de Jessica Pare, Malcom McDowell et Iggy Pop dans une histoire croquignolante de groupe de rock devenu vampires qui surprend par sa qualité et ses nombreux clins d’œil bien sentis à la grande histoire du binaire. Le film ne fera pas un tabac mais mérite sacrément le coup d’œil. 



Alice Cooper est une sorte de miraculé. Il jouit d’une réputation lui permettant de remplir les salles en se passant de plus en plus du faste des shows parfois ampoulés qu’il délivra une grande partie de sa carrière sans jamais décevoir quiconque venant chercher sa dose de singles nostalgiques mais méchamment pousse-au-cul. 



 

Quant à savoir le pourquoi de ce papier, je n’en sais foutre rien, juste envie d’épingler au sommaire de ce blog un chanteur unique dans un registre qui ne fut que le sien. Et à l’heure des clones en série, c’est déjà pas rien.

Hugo Spanky