dimanche 17 août 2014

HaRDcoRe, GeoRGe C. ScoTT


Hardcore n’est surement pas un chef d’œuvre, mais c’est un film Les Dossiers de l’écran, un de ces bijoux des années 70 que je regardais avec mon Marcel de père et que je viens tout juste de revoir, pas grâce à une chaine de télé, faut pas rêver, Antenne 2 n’existe plus.

 
 
Hardcore, pour la plupart des cinéphiles, c’est un film de Paul Schrader, scénariste entre autre de Taxi driver avec lequel il partage la fréquentation des bas quartiers et des personnages troubles. Surtout, c’est un film avec George C Scott, le Lino Ventura américain. Pas que Paul Schrader ait manqué à quoi que ce soit qui lui incombait de faire, sa réalisation est splendide, sobre, efficace, le film capte fabuleusement l’éclairage aux néons des boites de strip et des sex-shops glauques, et contrairement à ce qu’on se fade maintenant avec tous ces blockbusters qui pétaradent dès le pré-générique, les vingt premières minutes prennent le temps de nous installer dans le quotidien de Jake, patron d’entreprise à ploucland comme d’autres vendent des tracteurs à Montauban. Jake est un homme de principes, un peu rigoriste sur les bords, vivant seul avec sa fille qu’il ne manque pas d’adorer, sauf qu’il ne la voit plus dans le décor. En quelques esquisses le problème se devine, et lorsque l’on apprend que la môme a disparu, on pige de suite qu’elle ne s’est pas barrée pour cueillir des coquelicots.



Et c’est là que ça devient un film avec George C Scott. Ce gars est merveilleux, intense, drôle, il passe d’une émotion forte à une autre à vous terrasser de douleur en un clin d’œil, et quand il distribue enfin les bourre-pifs nos poings se serrent pour se joindre aux siens. HardCore, c’est la quête d’un père pour retrouver sa fille au sein du milieu porno. Le périple est dans un premier temps celui d’un homme qui ne comprend tout bêtement pas ce qu’il fout là, ni comment sa fille a pu atterrir au milieu d’un pareil ramassis de crétins. Son éducation rigide, la foi qu’il lui inculqua n’ont donc servi à rien ?  Puis l’homme s’ouvre, sa rencontre avec une jeune prostituée, Nikki, qui pourrait être sa fille, sa présence sur des tournages de porno, dans les clubs à tapins, font qu’il se laisse imprégner, de chemise à carreaux, il passe à chemise hawaïenne. George C Scott nous trimballe comme il veut, son Jake il le tient sur le bout des doigts et quand le dénouement approche, que les sourires deviennent rictus, que sa douleur devient fureur, on reste scotché à l’écran.



Nikki, c’est la délicieuse Season Hubley, encore une vedette des années 70 qui, comme George C Scott, comme Susan Blakely (divine dans La Tour Infernale mais parfaitement hors sujet ici, j’en conviens) n’est pas devenue culte et dont dégun ne se réclame plus. Ingrats que nous sommes. Season Hubley aurait pu gagner un concours de la plus petite poitrine face à Jane Birkin, certes, mais quel foutu charme. Vous pouvez oublier la prestation de Jodie Foster dans Taxi driver, Season Hubley est saisissante de vérité dans son rôle de petite fille perdue qui soudain découvre l’espoir. 



HardCore a un charme que le temps n’altérera jamais, il nous parle, nous susurre sa morale sans nous la faire tomber sur les pieds, lourde comme une enclume, on peut aussi le voir comme un film d’action, c’est surtout un film d’amour, un film sur les priorités qu’un homme s’impose dans la vie quitte à ce qu’elles fassent naître l’injustice. En ce sens, la fin est d’une cruauté sans égal. 


  

Hardcore ne pourrait plus exister aujourd’hui, pourtant c’est pas faute d’essayer, les films avec une femme, une fille ou un fils kidnappé ou disparu, c’est pas ça qui manque. Mais systématiquement on se retrouve avec Liam Neeson, le genre d’acteur envers lequel on a un affect proche de celui que l’on a pour le con qui klaxonne sous nos fenêtres à trois plombes du matin. Vous imaginez George C Scott lever la jambe dans un mouvement de karaté filmé en 3D de synthèse ? Moi non plus, et c’est tellement mieux ainsi que je ne veux même pas imaginer la chose. Sans compter que les tristes sires bombardés réalisateurs ne manqueraient pas de faire hurler le son, de faire sonner les coups de poings comme des coups de massues, le tout avec une armada de hits taillés sur mesure, balancés n’importe comment, du moment que c’est à fond les gamelles et que ça fait vendre le cd de la B.O.
Alors que là, c’est Jack Nitzsche qui se charge de la partition, et soudain tout est beau, groovy, tantôt soyeux, tantôt punchy, jamais agressif. Et pour les amoureux du détail, celui qui fut le génie planqué derrière Phil Spector en profite pour glisser furtivement dans la bande-son, ses protégés d’alors, Mink DeVille.




HardCore a la classe des rues de notre enfance, un peu comme ces goûts qui reviennent subrepticement sur le palais et disparaissent aussitôt, sans qu’on ait eu le temps de les identifier. Délicieuse morsure d’un temps révolu. Et on reste désemparé par la nostalgie des plaisirs égarés.

Hugo Spanky 



Le sommaire  

lundi 11 août 2014

A MiRaCLe BaNG


Bon, la Ranx Team est-elle en train de devenir une bande de lavette à la solde des Stones; une incorrigible équipe de fans aveuglés qui a décidé de polluer la toile de logorrhées interminables sur le Jagger Gang ? Mais c'est quoi ce bordel, qu'on arrête ces fanatiques, qu'on leur coupe les mains; il y en a marre à la fin ! Trop c'est trop, comme dirait tata Michelle devant Julien Lepers !
Et bien, vous savez quoi, malgré tout le respect que l'on vous doit: on s'en tamponne les joyeuses de vos récriminations, bandes d'ingrats que vous êtes va! Et pour bien vous achever, façon coup de massue sur le teston, on en rajoute une louche. Bien généreuse la louche qui plus est, et toc !

C'est une remarque bien fourbe du Maître d’œuvre de ce blog, l'illustre Hugo Spanky, qui a mis le feu au poudre, le bazar dans mes maigres méninges et leur a fait atteindre la pleine ébullition en assénant dans son papier Dancing with Mr Mick, je cite: «je trouve inutile les albums des Stones enregistrés après Voodoo Lounge».
Ce rustre personnage, cet outrecuidant butor des bas quartiers croyait sûrement pouvoir balancer une telle vilenie sans que personne ne pipe mot.
Et  bien moi je dis non, Monsieur, cela ne va pas se passer comme ça, non mais!
Je m'en vais te rétablir la vérité fissa, moi, oui et pas qu'un peu, tiens !


Excusez-moi, ma gonzesse m'interpelle.
Qu'est-ce qu'il y a chérie ? Que dis-tu ? Tu n'en peux plus que je joue encore A bigger bang alors que cela fait douze heures d'affilée qu'il passe en boucle sur la platine, le volume bien à fond.
Euh, comment te le dire sans te froisser, mon amour ? Ne t'approche pas de la chaîne hi-fi, ou je t'en colle une ! Fous moi le camp, bouge ton cul de feignasse et va donc rendre visite à tata Michelle, tu en profiteras pour lui piquer du pognon à la vieille et tu l'utiliseras pour me ramener du Jack Daniel's, parce que là ,tu vois, je suis bientôt à sec, on peut vraiment pas compter sur toi pour faire correctement les courses; j'aurais dû écouter ma maman, tu ne vaux décidément pas grand chose !


Bon reprenons, l'exode massif de la résidence où je crèche s'est mis en branle sous le prétexte bien bas que j'écouterai trop fort depuis un pacson d'heures déjà A bigger bang, dernier album en date du Jagger gang. Cet album concocté par des rockeurs de pacotille pleins au as, au bout du rouleau et devenus que l'ombre d'eux mêmes vous fait doucement rigolé? Vous avez bien tort, mes salauds! Et voilà pourquoi. Après un Bridges to Babylon en demi teinte traversé de rares moments d’éclats, tout le monde pensait que les Stones étaient lessivés, finis et que plus rien de bon ne sortirait de leur prochain enregistrement studio. Sauf que les papys ne l'entendaient pas de cette oreille et hop, en 2009, ils nous ont jeté en pâture ce A bigger bang en guise d'offrande qui nous prouvera que la niaque, ils l'avaient encore, merde alors !

Dès le premier morceau Rough justice ça tape dur: le son est d'enfer, les guitares pulsent grave, Charlie frappent sur ses fûts comme un jeunot en rut et Mick le dingue à tout l'air d'être dans une rogne terrible.
Faut reprendre son souffle, la bien nommée, Let me down slow est là pour ça, quelle aubaine ! Cette chanson est une merveille de délicatesse, un classique instantané aux accents country qui mêle un enchevêtrement de guitares de la plus harmonieuse des manières (d'ailleurs, Ron nous fait frissonner l'échine avec sa slide envoûtante, un cador ce type là et modeste avec ça !).
On passera sur le titre suivant, It won't take long, qui fait plus office de remplissage qu'autre chose tant il sonne battu et  archi rebattu.  


Avec Rain fall down, les affaires sérieuses reprennent. Mick s'encanaille, il veut sa dose de sexe, et il l'aura pour ça vous pouvez lui faire confiance, et c'est sous une rythmique suave à vous en faire mouiller les culottes et éclater les slips qu'il vous accompagne près de cinq minutes suffocantes durant.
Puis, patatras, une fois le sexe consommé vient les lamentations et la tristesse infinie avec Streets of love, une somptueuse ballade à vous briser le cœur façon puzzle comme dirait l'autre.
On en a gros sur la patate, on perd pied, on se sent comme une merde faut qu'on aille dans un rade s'en jeter un tout en écoutant un blues, un vrai de vrai. Allez, Mick, envoie Back of my hand et rejoint nous dans notre douleur, vient foutre tes tripes à l'air avec tes potes de beuveries moroses.


De tout façon, on finira bien par trouver une mignonne pour nous réconforter mais visiblement ce n'est pas pour tout de suite; faut croire que notre attitude ne plaît pas des masses à la gent féminine ce soir. Qu'est-ce que tu baragouines Mick dans ce morceau au groove élastique qui me fait tripper gentiment? Ah, She saw me coming, ouais tu as carrément raison, vieille branche: elles nous voient venir de loin, les petites futées, et ne vont pas se laisser berner aisément; on va encore rentrer bredouille, bordel !
Pour ne pas changer, on a reproduit les mêmes erreurs en se comportant comme des lourdauds qui se croient irrésistibles alors qu'on à dix grammes dans le sang et que notre élocution est aussi claire que celle de Garcimore qui s'est mangé un pain dans les gencives par un Gérard Majax furieux de ses pitreries qui déshonorent le métier de magicien. Comme des cons, on s'est mis à l'amende direct en réduisant nos maigres chances à peau de balle! Biggest mistake ? Peut-être bien Mick, tu as décidément l'art et la manière de mettre des mélodies à tomber sur nos maux. Ta chanson elle est aussi belle qu'elle me fait monter les larmes aux yeux, tu es balèze vieux briscard il n'y a pas à en douter, pour sûr.



Tiens voilà Keith qui rapplique, il a sorti sa guitare acoustique et s'est installé sur un tabouret, à la coule. Tu l’accompagnes à la slide, Mick ? Fantastique idée ça ! This place is empty, entonnez-vous à l'unisson; ce que vous pouvez être bons mes gaillards, c'est à peine croyable. Pour des types qui se détestent la plupart du temps, vous formez un putain de beau duo, moi je vous le dis.
Ou là là mais que se passe-t-il ? Je sens comme de la tension dans l'air tout à coup, vous énervez pas les gars, je ne vous ai pas traité de tafioles et puis «ohnnotyouagain», je veux pas être désobligeant mais ça veut rien dire ce charabia. Comment ? C'est un effet de style typographique, crétin ! Bon OK, j'ai compris me taper pas dessus aie ! On s'en fout votre rock il est bien saignant, vos guitares rageuses à souhait et on gigote à en perdre haleine voilà bien l'essentiel. Une leçon pour tous les morveux que ce titre, c'est comme ça qu'un rock doit sonner et pas autrement, qu'on se le dise !   
Par contre votre Dangerous beauty il est poussif aux entournures, les aminches. Vous vous êtes pas foulé l’oignon sur celui là, vous l'avez bouclé vite fait mal fait juste avant de partir à une soirée jet set vous en mettre plein les narines, hein ? C'est bien ce qui me semblait, bande de vauriens va !
Je sens que je vous ai blessé dans votre amour propre là, je me trompe ? Non bien sûr et la splendeur nommée Laugh, I early died prouve bien que vous avez repris les choses en main comme il se doit. Un morceau habité par la soul, une perle musicale – le Sommet de ce disque assurément - qui nous éclaire comme la lumière céleste et nous laisse terrassé de bonheur.


Que vois-je dans la main de Mick ? Oui, je ne rêve pas, c'est bien un harmonica. Il est temps de se remettre au bon blues rock des familles et Sweet neo con va tranquillou faire le job; de façon un peu trop pépère, il est vrai.
Mais Mick à le feu dans le calbut, les guibolles qui le démangent furieusement, l'écume au bord des lèvres et le regard lubrique: il réclame sa portion de funk, le bougre. La clique l'a bien compris et c'est parti pour Look what the cat dragged in qui nous fait effectivement sentir comme des matous relous en quête de chattes pas bégueules. Une bombinette que ce titre là où Darryl Jones fait ronfler méchamment sa basse et nous prouve, une fois de plus, que l'affreux Billy aurait dû quitter les Stones encore plus tôt qu'il ne l'a fait, ce cornichon sur pattes au swing inexistant.


Oui, Mick ? Tu veux pendre la route, avaler du bitume comme on descend des shots de whisky; pas de problème vieux,  tu as trouvé ton homme, je te conduis, ouais ! Driving too fast, dis-tu accroché à ta ceinture telle tata Michelle qui tiens bien fermement son sac à main quand elle voit débouler ma gonzesse. Tu charries là sans déconner, t'es une rock star mec; le danger ça te connaît, c'est comme une seconde nature pour toi me fait pas rigoler va. Quoi, j'arrête pas de griller des feux rouges et ça t'angoisse grave. Tout le monde sait que ces machins ne servent à rien, voyons ! T'es con vraiment parfois, je te jure !
Et vise un peu sur ta droite sur le trottoir d'en face, revoilà Keith, je te parie qu'il va encore se lancer dans un reggae bien monotone pour conclure ce disque, le genre de truc qui t'endort direct un régiment déchaîné de bonnes sœurs sous amphétamine qui ont vu le loup. Ah bien merde pas du tout en fait; c'est quoi cette rythmique toute zarbi? Infamy qui s'appelle ce curieux morceau de blues bâtard au feeling funky en diable. Il porte bien mal son nom celui-là tant il est soigné et délectable. Chapeau bas, l'épouvantail à bandana, tu nous a laissé sur le cul ! 


Bon allez Mick décrispe toi un peu et lâche moi cette foutue ceinture, je te dépose, man. Tu peux aller rejoindre ta jolie pépée et David Bowie qui batifolent dans ton lit sans t'avoir attendu, les enflures !
Tu veux que je vienne ? C'est sympa comme tout vieux mais tu vois je me dois de décliner; il faut que je boucle ce putain de papier, désolé. Et puis en plus j'ai comme l'intuition qu'en ouvrant ton placard pour y ranger ton vison si hideux à regarder – une injure visuelle pas moins ! - , que même tata Michelle ne le porterait pas pour sortir les poubelles, tu vas tomber nez à nez sur Iggy Pop et le fantôme de Lou Reed en train de palucher la nouille de l'un et de l'autre et là, franchement, ça va commencer à vraiment devenir un peu trop bizarre à mon goût. Allez, salut, vieux salopard !


Puisqu'il faut bien conclure allons-y donc le couteau au dent, la grenade dans une pogne et la machette dans l'autre.
A tous ceux qui nous chantent le sempiternel refrain que les Stones, dès la mort de Brian Jones, ont virés en eau de boudin, je rétorque qu'au contraire la disparition de ce boulet , qui nous a apporté - faudrait pas l’oublier ça, mes cocos! - ce fléau hippie de Master muscicians of Joujouka leur a foutu un coup de fouet salutaire et le doublé magique Sticky fingers et Exile on Main St. est là pour en témoigner.

Aux autres qui nous bassinent de leurs langues venimeuses que c'est justement après ces deux pépites qu'ils n'ont plus rien valu, je plains ses peine à jouir qui dédaignent les épatants Goats head soup, It's only rock'n'roll, Black & Blue, Emotional Rescue et Tattoo You et se privent dès lors d'une palanquée de chansons fabuleuses.

Aux punks qui sont de Suisse – cette blague ! - ou d'ailleurs et nous les brise en nous affirmant que les Stones sont la honte du monde musical, je leur sorts mon exemplaire de Love you live, captation sonore de  la tournée de 1977, sur lequel le Jagger gang fait plus de raffut et sonne plus cradingue que n'importe quel groupe punk qui bien trop souvent ont confondu braillement et tapage épuisants avec puissance sonore. Maintenant, c'est entendu, leurs concerts actuels sont routiniers à en mourir d'ennui et il serait plus que temps que cette mascarade cesse.

Enfin, quant aux fieffés embouchés qui soutiennent mordicus que passer les années 80, il faut fuir tout disque Stonien, je dégaine le redoutable Voodoo Lounge - un bijou celui-là - et désormais je lui joint comme compagnon de platine A bigger bang. Et ne venait pas me parler de production clinquante, sur-gonflée et de bouillie sonore informe alors qu'au contraire sur ce disque chaque instrument trouve sa juste place et se distingue de ses pairs; un  putain de trésor de mixage que cet opus ! Et que dire de la richesse de sa palette musicale où les guitares sont à la fête, se provoquent en duel et peuvent se montrer aussi délicates que féroces; où la batterie de Charlie le lézard ne faillit à aucun moment, tantôt sèche et brute tantôt caressante (quand les gens vont-ils enfin se rendre compte que ce type est l'un des plus grands batteurs de rock de tous les temps? Zéro esbroufe, 50 % d'efficacité métronomique et 50 %  de subtilité rythmique; un savant dosage pour lequel il est devenu un maître en la matière.); où Darryl Jones impose son groove aussi hypnotique qu'un serpent en mouvement; où Chuck Leavell apporte sa patte talentueuse aux claviers tandis que Matt Clifford enjolive le tout d'arrangements de cordes et de boucles rythmiques; où chaque note tape dans le mille et se révèle une évidence et où enfin Mick le dingue remporte toujours le titre du Chanteur Ultime au nez et à la barbe de tous ses prétendants qui s'en étouffent de rage.
Que dire sinon qu'à la stupéfaction générale, ces enfoirés nous ont encore ouvert la porte du Paradis.



Euh, excusez-moi à nouveau mais il y a mon téléphone qui sonne là.
Allô?
Ah, c'est toi, chérie.
Qu'est-ce que tu branles encore, j'ai sacrément soif moi, putain !
Comment ? Tu m'appelles du commissariat !
Tata Michelle t'a surprise la main dans son sac, t'a balancé une beigne sournoise avec son fer à repasser et a appelé les condés qui t'ont embarquer sans ménagement !
C'est pas possible d'être aussi conne, se faire rouler dans la farine par une vieille peau édentée à moitié jobastre, tu n'es vraiment pas une lumière, ça c'est sûr !
Tu veux que je vienne te chercher ? Non mais tu rêves, radasse à deux sous ! Démerde-toi toute seule, tu m'entends incapable !
Moi je file chouraver à la supérette du coin mon petit Daniel's adoré.
Ah les bonnes femmes, je vous jure, elles nous mènent la vie dure; faut se les fader !


Harry Max.

mardi 5 août 2014

iRRésiSTiBLe aLFie




Alfie à une bonne tête à claques, Alfie est un anglais expatrié à New York à la recherche d’une autre dimension. Persuadé de sa grande valeur, Alfie s’impose de penser en grand, l’aura de sa compagnie se doit d’être mérité par un équivalent féminin à sa mesure, rien qui ne soit trop ordinaire. Alfie a un frigo vide mais une chemise Boateng sur le dos, comme on mettrait un parfum de luxe sur une odeur de transpiration. 
Irrésistible Alfie est un film sur la futilité et ses conséquences. L’insouciance source de soucis, l’hédonisme père de toutes les souffrances. Sur les mensonges qu’il faut cesser de se raconter pour se rencontrer soi-même. 


Irrésistible Alfie aurait pu être un Blues, c’est une chanson Soul, on y dénote encore un peu d’espoir. Perdu dans sa vanité, désorienté par la vie et les traces qu’elle ne manque jamais de laisser, comme un filet d’eau qui insidieusement s’infiltre, Alfie semble finir par entrevoir que ce n’est pas à côté de quelques belles femmes de plus qu’il est en train de passer, plutôt à côté de lui-même. 

Irrésistible Alfie est surtout un film de parti-pris. Le parti-pris de regarder la caméra, de s’adresser au spectateur, ce qui est agaçant car cela nous implique dans l’histoire alors qu’on a payé pour se planquer dans l’ombre des tentures, se faire un plaisir sans fournir le moindre effort. Le pari est gagnant, on finit par parler à Alfie, par le secouer, décidément trop con qu’il est.
 

Le film a aussi choisi d’être foutrement beau. Chaque image est un délice, rarement Manhattan a été sublimé de la sorte, filmé comme on filme Brooklyn, comme un banal quartier qui n’a rien de banal. A aucun moment la caméra ne joue sur le gigantisme, ne s’élève vers les tours, ne cherche à nous impressionner. Si Alfie rêve de luxe, c’est au fond d’une ruelle cradingue, dans un garage miteux, qu’il va chercher la limousine dans laquelle il trimballe les bagatelles de la haute société d’hôtel de luxe en magasins de charme, malgré toute son ambition et son incommensurable estime de soi, il est celui qui sert, le bell boy.

Le réalisateur, Charles Shyer dont je ne sais pas grand chose si ce n’est qu’il a choisi Sam Shepard comme acteur principal de son second film, Baby boom, ce qui est déjà un sacré critère, a accepté l’idée que l’on ne peut pas plaire à tout le monde sans prendre le risque d’être insipide; il a fait un film à forte personnalité. Irrésistible Alfie fait sourire sans facilité, pétillant comme un Perrier il éveille notre esprit sans nous plomber comme une gueule de bois. Spécialisé dans les comédies (Le père de la mariée 2 avec l’impayable Steve Martin) le réalisateur parvient à donner la volupté nécessaire à la noirceur de l’âme de son héros, l’infime dosage qui fait le charme truculent de son film. Lorsque qu’une nuit sans conséquence de plus, mais passée cette fois là entre les jambes de l’interdit, fait tomber les masques et que l’irrésistible beauté d’une femme laisse place à la banalité d’un quotidien en forme d’impasse, le film réussi a saisir tout le désarroi et les rancœurs que la situation engendre sans rien perdre de sa superficialité de façade, le vernis s’écaille mais tient encore bon pour si peu que l’on ne s’en approche pas de trop près. Le personnage de Lonette symptomatise à lui seul l’étendu des dégâts qu'engendre la désinvolture d'Alfie, de femme farouchement indépendante, belle sous les néons de son bar, elle passe de celle qui crânement refuse de pardonner l’infidélité de son homme à celle qui se contentera le restant de ses jours de trainer en boulet le lourd tribut de sa frivolité passagère.


Le film de Charles Shyer est un remake d’une comédie anglaise de 1966 avec Michael Caine dans le rôle titre, je ne l’ai pas vu et sans doute a t-elle ses qualités propres mais je sais que rien de ce qui m’a séduit dans la version américaine de 2004 ne peut s’y trouver. La beauté des couleurs d’abord, cette flamboyance sobre parfumée de rose, l’impeccable casting ensuite, outre Jude Law que je n’avais vu jusque là que dans Minuit dans le jardin du bien et du mal de Clint Eastwood, Susan Sarandon comme souvent parfaite de justesse et de dosage, Sienna Miller également, éblouissante de beauté et saisissante par la façon dont elle la fait oublier au bénéfice de son talent d’actrice. Marisa Tomei dont je ne comprendrais jamais pourquoi elle est si rare sur les écrans et Jane Krakowski dans le rôle du miroir au reflet cruel de vérités révélées.


Enfin, il y a la musique. Vous allez me dire que je fais une fixette sur Mick Jagger en ce moment et vous avez raison, il est la scintillation phosphorescente qui me sert de fil d’Ariane. La superbe bande originale qu’il a signé avec Dave Stewart habille le film quasiment en permanence de la plus fusionnelle des façons, jamais elle ne s’impose aux images, la perfection du mixage fait qu’elle en souligne la beauté comme un trait de maquillage éclaire l’intensité du regard pourpre de Liz Taylor et lorsque Jagger lâche Old habits die hard, on ne trouve rien de mieux à dire.


Irrésistible Alfie est tout ce qu’il parait être et c’est également tout ce qu’il dénonce avec toute la cruauté que seul l’amour autorise.

Hugo Spanky