jeudi 25 avril 2013

TWixT



D'un esthétisme à couper le souffle, Twixt est un délice à chacun de ses brefs instants. En moins d'une heure vingt-cinq, Francis Ford Coppola démontre sans s'en soucier le moindre du monde pourquoi il est un cinéaste aussi rare que précieux.

Utilisant poésie et beauté, le maestro raconte la plus horrible des histoires. Une histoire racontée sous maintes formes depuis la création du 7ème art et qu'on se surprend à découvrir comme à la première fois. 


Appelez ça le talent, le génie, qu'importe, Coppola reste seul en ce monde à continuer à défricher là où ses comparses d'un temps, qu'il a depuis des lustres déposé en gare, ne font et refont, en moins bien à chaque étape, toujours que le même film. Lui, exilé en terre du Sud, préférant son art à son compte en banque, pour lequel je ne me fais aucun soucis, offre encore et toujours rêve et magie à ses spectateurs qui, comme moi, parfois s'égarent en n'allant pas voir un film à sa sortie, avant de s'apercevoir, un peu tard, qu'ils ont ainsi raté l'offrande d'un pur moment de beauté sur le grand écran de toile.



Twixt emprunte à Rumble fish et à Dracula, mêlant dans les scènes de rêve le noir et blanc de l'un aux effets spéciaux bricolés de main d'homme de l'autre. Twixt sublime le charme fondateur du cinéma en négligeant la réalité, ressuscite Edgar Allen Poe avec un naturel ensorceleur, enterre la prétention grâce à un scénario qui s'amuse de lui même, Twixt est une faille dans la normalité, un antidote au quotidien. 


Les acteurs y dévoilent le meilleur d'eux même, enfin, serais-je tenté d'ajouter tant Val Kilmer y est excellent. Twixt ose ce propos, le camp du mal peut faire plus de bien que le camp adverse. Au moyen-age, Francis Ford Coppola aurait été mené au bûcher. 



Twixt met les rétines à la fête sans que l'esprit ne soit négligé. Twixt réussi à surprendre dès son travelling inaugural. Twixt est tout ça et bien plus encore.
Twixt, ne nous laisse pas sur notre faim.

Hugo Spanky


lundi 22 avril 2013

IaM, aRTs De MaRs


Malgré un Freeman tombé dans la bouteille, IAM relève le gant et radine sa fraise pour un 6ème round sur lequel j'aurais pas misé un kopeck. L'abandon pour complications juridiques et financières du projet de collaboration avec Ennio Morricone aurait pu sonner le glas d'IAM mais les Marseillais sont tenaces, on n'est pas une race qui lâche l'affaire au premier souffle de mistral. Le groupe a classé ce dossier pourtant bien avancé, s'est remit en ordre de marche, a signé chez Def Jam et claqué les instrus comme on descend un demi à l'abri de la tonnelle. 


Et l'album est là, Arts martiens que ça s'appelle, perso j'aurai viré le t et collé un s mais ils m'ont pas demandé mon avis. Ils ont eu tort parce qu'en plus, pour pas un rond, je leur aurais conseillé de jeter ce Spartiate spirit qui sert de premier single au LP. Vaut pas une clopinette ce morceau, j'ai carrément failli ne même pas écouter le triple album tellement il m'a gonflé avec son refrain chanté façon R&B de bas étages. Tiens, tant qu'à y être je vous l'annonce, faut aussi zapper direct L'amour qu'on me donne, pareil, un son funky mais ça se casse la gueule au refrain, on se croirait chez Def Bond.


Pour le reste, c'est une vraie bonne surprise, IAM a retrouvé la formule sur laquelle il battirent l'âge d'or du Rap français, toute la période qui suivit L'école du micro d'argent. Atteint d'une créativité débordante, les membres du groupe avaient alors enchainé les albums solos, les collaborations sans plus jamais toucher terre, du moins jusqu'au spectaculaire gadin que j'ai bien cru fatal. Trop, ce fut trop et les xièmes albums d'AKH, les volume 2, 3, 25 de Khéops avaient eu raison de la belle histoire et la Saison 5 fut celle qui noya le pastaga.



Clairement, les accus sont rechargés, les instrumentaux renouvellent la délicieuse mélancolie qui habillait les plus beaux morceaux de L'école du micro d'argent, Sad Hill, Métèque et mat, Palais de justice, Chroniques de Mars et les B.O de Taxi et Comme un aimant. Celle qu'on devinait signé Akhénaton sur le premier album de la Fonky Family, encore un beau gâchis ceux là, à vouloir trop vite voler de leur propres ailes, tel Icare, ils se sont cramé fissa. 

 
Arts martiens, donc, fini de s'éparpiller, les égos sont rangés au placard, Imhotep a reprit les commandes, Khéops ses platines, les MC's leurs crayons et voila déjà de nouveaux classiques à choyer, Sombre manœuvres, Notre dame veille, Dernier coup d'éclat, tout trois enquillés en fin de parcours en un cinglant final qu'on n'espère plus définitif, Mon encre si amère (on peut pas récolter d'or en semant de la merde, du Shurik 'N pur texte) Marvel (qui fait rimer Sly & Robbie avec David Bowie avant de gifler Velvet et Lou Reed!) surement le prochain single, gavé qu'il est de référence à L'empire du côté obscur, La part du démon, le très New-yorkais Les raisons de la colère avec une dirty batterie sacrément bien sentie, Tous les saints de la terre et ses cuivres à la Independenza, Habitude ainsi que le très impérial asiatique man Benkei & Minamoto qu'on devine facilement sous influence Shurik 'N.

Pour ne rien gâcher, les textes, bourrés de clins d’œil à l’œuvre passée, sont un brin moins dépressifs qu'à l'accoutumée (j'ai bien dit un brin moins,) et sacrément soignés. 
Avec autant d'atouts, Arts martiens pourrait bien devenir l'album préféré de beaucoup d'amateurs du groupe sans que quiconque y trouve à redire. Aussi surprenant que ça puisse être. 

IAM, Marseille 2013, la culture capitale est là.



Hugo Spanky

vendredi 19 avril 2013

sTaReTZ, PaNeTToNe BOoGie



Génial, un vinyl dans ma boîte aux lettres. De quoi s'agit-il ? Ho ! Le dernier né de Bang Records. Panettone Boogie du groupe STARETZ. Pas de Hot-rods ni de chemises hawaïennes, mais quatre garçons magnifiques de sobriété au verso. Hum... avec un titre pareil, je parie que je vais y trouver au moins une reprise de Marino Marini ou de Renato Carosone.  Allez hop direct sur la platine. 
Aucune prouesse technique, ni prétention, au contraire, une très belle voix à la Dion, des chœurs enlevés, une guitare raffinée presque féminine qui saurait rappeler Poison Ivy, surtout sur ce très Crampsien Travelin' Man. Je me régale ! Il s'échappe de cet album l'essence même du garage. La fraîcheur et l'énergie qui m'avaient fait aimer les Beach Boys, les Remains, les Ramones etc... Bon, un ou deux morceaux sur la face B certainement trop entendu pour ma part, comme Baby Doll que j'aurais bien remplacé par une respiration Napolitaine aux accents de mandoline (idée fixe quand tu nous tiens) mais pas de quoi crier au scandale, j'ai même déjà mes chouchous Duties of Love, Line of Days, The Thrill is on. 
Avec son album Panettone Boogie, STARETZ m'a réconcilié avec le garage là où trop m'en avaient définitivement dégoûté de par leurs déguisements de momies, leurs fausses Bettie Page de groupies et leur petit monde hermétique remplis de clichés.


Rien de tout ça chez Bang! Records Avec cette nouvelle référence, le label Toulousain que je vous invite à découvrir ici étoffe un catalogue déjà joliment garni par l'album de Bruce Joyner (ex Unknows), celui de Tav Falco, de Jumbo Layer, des Zodiacs ou encore les singles de Obits

Avec Staretz prophète en son pays, Toulouse démontre qu'elle n'est pas seulement la ville de l'épatant Ringo Willy Cat

lundi 15 avril 2013

BeNJaMiN BioLaY, Le saUVaGe



Ce n‘est pas le première fois que je parle de Mr Biolay sur Ranx et il ne faudrait pas croire que je suis tombé dans un prosélytisme béas le concernant. Pour autant, après visionnage d’un de ses concerts remarquablement réalisé par la cinéaste Laetitia Masson, je ne peux passer sous silence l’enthousiasme que m’a procuré un tel spectacle.

Paris, tournée "La Superbe": a priori on peut se dire qu'un artiste comme Benjamin Biolay s'apprécie davantage en écoutant ses albums qu'en concert sauf que non, on a tout faux là.

On ne va pas se mentir le type n'a rien d'une bête de scène qui harangue la foule à tout crin; en fait tout ce qui fait la valeur de sa prestation scénique est l'atmosphère qui s'en dégage. Entouré de musiciens doués plus que de raison, il fait subir un traitement de choc à ses chansons qui en ressortent transfigurées grâce à de nouveaux arrangements qui tapent justes et forts. Que ce soit des morceaux apaisés, où il s'aventure au piano, ou des titres plus virulents, pour lesquels il fait montre d'une hargne dont on ne le soupçonnait pas, il nous emporte pendant plus d'une heure et demie dans son imaginaire torturé.




À plus d'un titre, face à un tel animal indomptable, on songe aux concerts transcendants du défunt et bien regretté Bashung. Comme lui il est habité par sa musique et rien ne  semble pouvoir l'arrêter dans la bonne marche de son concert.
Il pratique même des inserts de morceaux étonnants (le "Clint Eastwood" de Gorillaz sur « Négatif » et le "River of no return" par Marilyn Monroe) qui se fondent dans une fluidité exemplaire dans ses propres compositions et s'emporte dans une frénésie Lux Intériorienne (oui vous avez bien lu!) dans les dernières minutes du titre "À l'origine" qui se termine dans un déluge de sauvagerie tout bonnement terrifiante. 



Bref, on l'aura compris, le bonhomme, qui n'affiche pas des sourires niais à tout bout de champ tels les bénis oui oui de la variétoche française en tournée, nous surprend une fois de plus par son exigence musicale de tous les instants et la force rare de sa prestation nous laisse exsangue et pantois d'admiration.
Si vous êtes encore en quête de recherche du Grand Frisson dans un concert français, ne cherchez plus car c'est là que vous le trouverez à coup sûr.



Harry Max.

P.S.: Ami Hugo, tu as finalement choisi Public Enemy à la place du Sieur Biolay; reconsidère ce choix et va voir les deux mon coco.

samedi 6 avril 2013

HoLLywoOD BaByLoNe, KenNeTh aNGeR




Précédé d'une sulfureuse réputation, Hollywood babylone arrive enfin en France dans une édition abordable, plus de 50 ans après sa première publication. Le livre signé Kenneth Anger souvent dépeint, à tort, comme l’ancêtre de la presse people dont il relate partiellement la naissance, dresse au travers d'une trentaine de portraits, parfois bâclés, le portrait du Hollywood de la première moitié du 20eme siècle et, en creux, celui du comportement humain lorsque s'acquièrent le pouvoir et la fortune qui va avec. 

Dès sa création, la ville du rêve vira au cauchemar pour toute une série de nymphes venues dans la luxuriante Californie avec nombre d'espoirs de lendemains qui chantent. En lieu de quoi, elles y connaîtront la déchéance, la mort et l'humiliation. Réalisateurs sensibles au charme de l'adolescence (Charlie Chaplin) acteurs aux tendances bien éloignées de l'image de tombeur de donzelles qui fut la leur (Rudolph Valentino) et actrices voraces vont faire bon ménage sous l'autel de la débauche. Jusqu'à aller trop loin tel Fatty Arbuckle qui dans une de ses nombreuses nuits d'ivresse finira par commettre l'irréparable en honorant d'une bouteille de champagne visiblement trop conséquente l'intimité de la pourtant très ouverte Virginia Rappe. Je sais, c'est d'un goût douteux que de présenter l'affaire ainsi, mais le jury du procès ne sera pas d'un meilleur goût en acquittant prestement ce saligaud de Fatty.




Cette affaire, tristement peu exceptionnelle dans le contexte hollywoodien d'alors, sera l'occasion pour l'ordre moral de faire son entrée en scène, certainement pas pour le meilleur, assurément pour le pire. Dès lors l'hypocrisie sera la règle ultime, un code de bonne tenue est établi, premier pas vers ce qui mènera à la chasse aux sorcières. Il en résultera une cascade de suicides, de carrières ruinées et surtout la mise en place d'une corruption systématique de la classe politique et judiciaire. En voulant jouer les monsieur propre la bonne conscience américaine venait de créer le monde moderne, celui des affaires étouffées, de la négation de la vie privée, du chantage et de l'extorsion de fonds.
Welcome to the terrordome comme dirait l'autre.
  



Parfaitement rédigé le livre de Kenneth Anger se dévore avec délectation et sans sensation de voyeurisme, les faits, à quelques rares occasions contredits par des révélations plus tardives tout aussi invérifiables, nous entraînent dans une ambiance proche du Daliah noir et de L.A confidential de James Ellroy

Petites chéries sous héroïne, camisoles de force ou farces grotesques chaque fait-divers lève le voile sur les pratiques immondes auxquels peut se livrer l'être humain dès lors qu'il se sent habité par une sensation d'impunité et de toute puissance. Les femmes en seront, comme à l'accoutumé les principales victimes tout en s'octroyant le droit d'en demander toujours plus. Multiplication infini des amants, drogue à tous les étages et alcool coulant à flot malgré la prohibition, chacune d'entre elles se noie dans sa propre inconséquence. 
Parfois plus tristement que d'autre.





Seul le temps rendra justice à ces légendes d'opérette, sauvant de l'oubli sans discernement l'une plutôt que l'autre et fera que si aujourd'hui encore on se rappelle de Lupe Velez, son fatal gigolo est, quant à lui, depuis bien longtemps passé aux oubliettes. 
  

 
Une exception au milieu de ces portraits exclusivement hollywoodiens, Bugsy Siegel, avant gardiste s'il en est, lui qui avant tous les autres senti le fort potentiel du business des loisirs et viendra dès la fin des années trente relever des compteurs qui lui permettront d'entreprendre la réalisation d'un autre rêve américain taché de rouge sang, Las Vegas.

   

Édité par la petite mais grandissante maison Tristram, Hollywood babylone, offre pour 11 petits euros la confirmation qu'un fruit pourri aura toujours raison du panier tout entier.
 
Hugo Spanky  

mercredi 3 avril 2013

PuBLic eNeMY 2013, LiVe eN FRaNce


Je me suis levé ce matin d'un pas mal assuré, direction la salle de bain, un grand coup d'eau sur les yeux, même le café noir n'a pas réussi à me réveiller. Aspirine blues, toujours. Alors je me suis calé I shall not be moved dans les oreilles, Public Enemy de bon matin, c'est secousse sismique garantie dans la tuyauterie, bronches toutes propres et cerveau en état d'alerte. Juste ce qu'il me fallait.

Manière de continuer de plus belle, me suis grillé les rétines devant l'écran électrostatique de mon pc en quête de je ne savais pas trop quoi, dans ces cas là faut pas tortiller du cul pour chier droit, l'évidence est la solution, souvent. Google : Public enemy 2013 et on verra bien ce qui se produit. Rien la plupart du temps vu que Public Enemy j'ai toujours l'impression que je suis seul à m'y intéresser encore, et toujours. 


Je suis un garçon à principes et j'en tiens quelques-uns directement de Chuck D, alors j'ai jamais lâché l'affaire. Un gars important ce Monsieur D, tiens voilà qu'il a twitté à propos de Macklemore. Le jeunot talentueux a fait sa pleureuse dans rollingstone, tout ce succès, n'est ce pas, ça l'a perturbé, ça a mit sa sobriété à l'épreuve (le gonze est, depuis 5 ans, clean comme une éponge neuve) à force d'être fêté et sollicité de partout, tout le temps, il voudrait bien pouvoir s'extirper de tout ce cirque, débrancher le cortex. Chuck, des propos pareil sûrement que ça lui a rappelé l'époque où Flavor Flav était parti en sucette, crackhead et compagnie, je dis ça, j'en sais rien mais j'imagine, vu qu'il s'est fendu d'un commentaire en forme d'avertissement destiné à Macklemore : 
"En sport, si quand ton équipe a besoin de toi, t'es pas là, en état et prêt à bondir, le sélectionneur donne ta place à un autre qui attend sa chance et ronge son frein. Et les prétendants, c'est pas ça qui manque
Words.
Il est comme ça Chuck, philosophe, un peu, sur les bords.


J'ai enchaîné sur Say it like it really is et calé Harder than you think et Bring that beat back juste derrière manière de prendre de l'avance et j'ai continué mes recherches. Et là, Ô mazette, que vois-je ? Public Enemy en concert à Nîmes, le 30 avril 2013...vous dites ? L'info semblait sérieuse, les sites de vente en ligne me la confirme, aussi sec la bise à ma chérie que j'aime, le cul sur la bécane et vroum vroum jusqu'à Montpellier, fébrile, destination la fnac (faut bien qu'ils servent à quelque chose ceux là)




Bordel, je ne savais pas qu'il fallait être titulaire du bafa avec option psychologie pour vendre du ticket de concert, devant moi une paire d'étudiantes en goguette, je veux même pas savoir le concert qui les branchait, elles ont dû se faire expliquer le trajet, la configuration de la salle, poser une demi centaine de questions stupides (des étudiantes, je vous dis), ça a duré un quart d'heure de palabres devant l'autre saucisse sèche qui visiblement y prenait du plaisir à secourir ces donzelles en mal de maman à qui causer. Voilà que j'étais de moins en moins à la coule et que des envies de génocide venaient me triturer le ciboulot, hé ho, y a Public Enemy qui passe dans moins de trois semaines, j'aimerai bien ne pas finir en prison d'ici là. Je vous jure, c'est pas rien de garder ses nerfs sous contrôle.


Tickets en poche, soleil dans les mirettes, me revoilà de bonne humeur, désireux d'une bière bien fraîche et d'une cigarette qui va de soit. Comme je ne suis pas un garçon facile, j'opte d'abord pour un tour chez le disquaire du coin, Le comptoir du disque pour le nommer parce qu'ils font bien leur boulot dans cette boutique et que c'est pas commun, le boulot bien fait. 

Ils le font tellement bien que, allez savoir pourquoi, je jette un œil dans le bac Public Enemy et y dégote non pas un mais les deux derniers albums du groupe en pressage vinyl ! Argh ! De quoi ? Comment ? Depuis quasi un an que je les espère, ils sont là et bien là. Tout beaux, tout chaud, direc' sorti des presses. Bass in my face !
J'ai raflé les deux, y a des jours comme ça et tant pis si j'ai plus un rond pour honorer le zinc.

Ouais, même d'un pas mal assuré, heureux celui qui, comme Hugo, s'est levé tôt.

Hugo Spanky
 

lundi 1 avril 2013

RzA, L'HoMme auX POinGS De FeR


Autant que je vous le dises de suite, le cinéma asiatique m'emmerde au plus haut point. Le côté fleur bleue, les sœurs et frères qui s'aiment pudiquement, la vengeance tartine et chocolat qui met 1h05 à se mettre en branle (pour 1h15 de film le plus souvent) même les pantalons trop courts me font horreur. Ok, j'ai eu mon t.shirt Bruce Lee, c'était dans les 70's, j'avais 8 ans et c'est très bien ainsi, mais je dois ajouter que les quelques-uns qui se trimbalaient encore la panoplie à la rentrée en 6eme me paraissaient un brin de la jaquette.

Tout ça ne m'empêche pas de raffoler du Wu tang clan, ni de considérer leur leader RZA comme un authentique créateur. Voilà un gonze qui a déboulé dans le Hip Hop en y apportant un univers tout neuf alors même que le genre s'enferrait dans les clichés. Et voilà t-il pas que ce même gazier déboule avec un film d'art martiaux, genre ultra codifié s'il en est, et se permet le luxe d'éviter les nombreux pièges dans lesquels de plus aguerri que lui ont sombré corps et âme.




Produit par Tarantino (ce qui lui offre sa première réussite depuis Pulp fiction) et réalisé par RZA, The man with the iron fists est un bonheur. 

D'abord de par son scénario miraculeux, si je vous le résume en quatre lignes vous allez dire que vous l'avez déjà vu cent fois et vous aurez raison, une fois de plus le bien lutte contre le mal. Sauf que pendant l'heure et demie que dure le film, on se fait baiser à tous les coups dans nos prédictions.



De par son casting ensuite, pourtant pas évident couché sur le papier, Russell Crowe trimbale son physique lourdingue sans que le moindre gramme ne s'en ressente sur la pellicule, mieux, il donne au film une touche western, plus proche des mystères de l'ouest que des spaghettis, Lucy Liu y est attachante, elle arrive même à émouvoir, incroyable n'est ce pas ? Bautista, oui le catcheur, est totalement crédible et j'ai même pas besoin d'une once d'ironie pour vous dire ça, quant à RZA lui même, il est juste et c'est pas rien. Le gars a une fois de plus fait preuve d'intelligence, il s'est accordé une part du gâteau sans avoir les yeux plus gros que le ventre, il ne fait que ce qu'il arrive à faire et c'est déjà plus qu'un nombre impressionnant (raison pour laquelle je ne les listerai pas) d'acteurs contemporains pourtant plus que fréquemment vu dans les blockbusters.




Enfin, et c'est surtout là que le bat blesse dans les films de ce genre, le rythme. Pas un putain de temps mort, pas une seconde de longueur, pas un bâillement esquissé malgré une crève coriace qui me cloue au plumard depuis une semaine. Vous me direz que c'est la moindre des choses pour un concepteur sonore que d'avoir le sens du rythme, certes.


Avant de finir, j'en place une pour l'esthétique, là encore grosse claque, en parant son film d'une dominante rose, RZA lui apporte une élégance du plus bel effet, quelques split screens, une fascination pour les lames (on ne se fait pas appeler The RZA pour rien) parfaitement dosée et des chorégraphies somptueuses finissent de confirmer une maîtrise qui, vu qu'il s'agit d'un premier film, donne à espérer d'autres rendez-vous du même acabit.



RZA a su prendre le temps, il n'a pas réalisé son film précipitamment alors que le Wu tang dominait le monde et que le succès en eut été assuré (de même que les critiques élogieuses d'une presse cire pompe) non, le new-yorkais a su observer, se roder en bricolant avec Jim Jarmusch (Ghost dog, Coffee & cigarettes), il a tout simplement mis en pratique l'ancestral principe de patience et d'apprentissage si lié aux arts martiaux et n'a, comme petit scarabée, frappé que lorsque le coups ferait le plus mal.
Chapeau.