vendredi 19 octobre 2012

KoMmAnDo PaRaNo 2


ChaRLoTTes aux FRaiSes


T'as beau dire, t'as beau faire les mômes tu les a pas comme tu les éduques.

Ouais, j'ai les boules pourtant j'avais bien assuré, ma douce et tendre était de sortie ce dimanche, à un énième vide-grenier jenesaizou. Et pour une fois ma gamine (4 ans) a décidé de rester avec son popa (je soupçonne quand même fortement ma femme d'avoir méchamment comploté avec elle pour mieux cafter la journée punkoïde du mari et papa chéri).
Bon, pourtant rien à me reprocher, dès le départ de ma gueuze, je bondis sur ma gamine et lui dit : "aujourd'hui papa se fait une journée zicmu et toi tu fais ce que tu veux sauf des misères au chien"


Je cale Marine devant la tv avec le dernier Charlotte aux Fraises,  un sac de 500 g de fraises tagada et un bon litre de coca comme ça je peux m'écouter trankilou "Réussite" d'OTH que je viens de me dégoter en vinyl. Entre "SS Super Sordo" et "Jusqu'à la fin de la nuit" je jette un œil dans le salon, no soucy ma puce a englouti les fraises et chante avec Charlotte. En bon père je lui file un paquet de Chamalow. 



Après le premier lp d'OTH je décide de me niquer les oreilles avec "Overkill" de MOTORHEAD, un de mes premiers vinyls les mecs ! Pendant que Lemmy s'égosille, Marine me réclame un peu de coca, j'en profite pour entamer le pack d'Heineken. 


Midi ! Je laisse ma platine et le lecteur dvd respirer et nous improvise un plateau repas autour de ma vieille Séga (faut leur apprendre l'histoire aux gamins).  
Bon, sandwich jambon fromage et rouge qui tache pour papa et gaufre chantilly fraise et re-coca pour ma fille. Elle est aux anges et j'en profite pour lui faire un cours d'arts martiaux avec MORTAL KOMBAT 3, la petite se fait buter en 5 secondes aux premiers rounds de chaque combat mais comme je la venge ensuite aux deux autres rounds elle adore ça. Si avec çà elle peut pas se défendre dans une cour de récré, c'est clair chuis plus qu'un cave. Dernier Kumite et j'envoie voler l'autre abruti aux 4 bras, ça va j'ai pas perdu la main.

Marine est contente il me vient une idée, si on allait au  trocson ! (ma femme m'a logiquement piqué les clés de ma bagnole mais comme le troquet du cousin est à 50 mètres je ne faillis donc pas au règlement.) Chez le cousin je place ma fille devant la tv qui diffuse  "Secret story" en boucle, quant à moa j'ai apporté un cd des "Undertones" le first album. Le cousin, lui, la zique il s'en tape il trouve ça aussi bien que mireille mathieu. Quelques rhums plus tard et un grand paquet de fraises Haribo pour la fille et je me décide à rentrer.

Bon, ma femme est déjà là et en plus avec sa mère et sa sœur... Et voilà, j'ai même pas le temps de mentir que Marine dit à ma blonde "Papa il a bu toute la journée"... et vomit dans la foulée (rose sa couleur préférée).
"Il l'a fait boire, je le savais !" hurle la laide maman religieusement
"Mais Satan t’habite !" renchérit la frangine
"euh pas vraiment.. là suis trop bourré" lui répondis-je tout en allant voir mon pote jacob delafon
"je retourne chez ma mère c'est trop !!" beugle ma douce (et elle le fait, entraînant mère, sœur, fille et vomi)
"burps rgloub" rétorquais-je

NO FUTURE !
                                                                                

 JUJU ALLIN

PS : en tout cas Marine et moi on a chopé une bonne crise de foie.

dimanche 7 octobre 2012

cHaRLeS BuKOwSKi

Jamais à un paradoxe près, Hugo Spanky se souvient comment un livre de Charles Bukowski a influencé sa vie de manière positive...


Mon premier contact avec Bukowski, je crois que c'était à la toute fin des 80's via le splendide film de Barbet Schroeder, Barfly. Tiré d'un scénar du Buk, ce film avec Mickey Rourke allait foutrement nous marquer, toute la bande de l'époque. Barfly, ce sera notre expression préférée les lendemains de grosse charge, "putain, hier j'étais barfly complet" qu'on se disait comme résumé. Faut dire que ça limitait les dégâts vu qu'on se rappelait pas franchement de grand chose, souvent. C'est même devenu le nom de notre groupe.


Les bouquins sont venus juste après. J'avais 21 balais et j'étais déjà cramé.
Certains lieux concentrent une sacrée faune sur un bien faible kilométrage. On pouvait pas se rater, gitans, arabes, légionnaires, parachutistes, bûcherons, speedfreak des montagnes, sympathisants du fn armés ras la gueule, anarchistes dépressifs, ex-(et futur) taulards, un possédé par Satan...et nous, les Rockers, dans lesquels se regroupait une partie de tous ceux là. Détonnant cocktail pour les nuits au(x) comptoir(s), qui finissaient invariablement dans des situations improbables. Dans le plus confortable des cas sur un canapé, ou plus souvent la tronche sur le volant, entassés à 5 dans ma Renault 8. On se croyait invincibles, forts de notre foi en l'électricité à haute tension et de notre soif de vivre un maximum de choses, les concerts, les bars de jobastres, les appartements en vrac. On était con. Et la connerie est addictive. De col relevé et tête haute, c'est devenu je baisse les yeux quand je croise ma mère. C'est devenu entourloupes et embrouilles à tout va, entre potes, comme si on était soudain trop nombreux sur un même bifteck. Des cons, j'vous dis.


Lorsque j'ai entamé Au Sud De Nulle Part, le bouquin de Bukowski , j'étais dans un état de parano complet. Faut dire qu'il y avait de quoi, entre l'un qui se fait descendre comme un clebs au pied de sa cité et quelques autres histoires qui ont le sommeil profond et c'est très bien ainsi.




Alors ouais, parano totale, pour le gars Spanky. Pourtant pas l'ombre d'un regret, même pas le boulot (chiant) le jour et encore moins les week ends non-stop action. Je remercie les cieux d'avoir connu ça. Des concerts à la pelle dans le moindre rade du bled, des affiches de dingues à Toulouse, Montpellier, du bordel dans tout l'immeuble qui abritait mon premier appart, à 18 balais parce que la famille, n'est ce pas, ça encombre. Et au final: l'addition ! Vous voulez un café avec ? Lessivé, laminé, blasé. Fin des illusions, juste la haine d'un endroit, d'un milieu soudain devenu trop glauque. 

Les ficelles m'ont sautées aux yeux, tout ça c'était de la branlette, de l'amitié de circonstance. Y avait du sentiment nulle part, je me sentais crains, envié, respecté, désiré mais pas aimé. A coup sûr le bon moment pour reprendre son souffle, ouvrir un livre et découvrir notre homme Bukowski (vous voyez que je perds pas le fil). 
 

 


Autant le dire de suite, Bukowski peut être chiant comme la mort, Women se répète et lasse, Souvenirs d'Un Pas Grand Chose démontre que le Buk a besoin de son double pour ouvrir la vanne aux délires. Sans Hank Chinaski, Charles a du mal à tout déballer, on sent bien que ça touche trop près de la moelle. Mais à côté de ça, y a Factotum, Le Postier, Hollywood, Les Contes de la folie ordinaire (et sa suite), Je T'Aime Albert, Pulp et ce fameux Au Sud De Nulle Part. Y a une œuvre, une vision de la nature humaine que dégun n'avait encore à ce point approché. Ou du moins pas en le racontant comme ça, sans sublimer les choses. Bukowski ne se donne pas le beau rôle, ne se cherche pas des raisons, il écrit, finalement, un peu, comme on le fait de nos jours avec un blog. Par spasme, sans chronologie, juste pour exprimer le sentiment du moment présent. Bukowski n'a jamais écrit son grand roman, le gars n'est pas Hemingway, non, Buk fait dans la brève la plupart du temps et quand il en va autrement ses bouquins m'emmerdent. Il le reconnaissait volontiers lui même, il n'avait pas le talent de narrateur de John Fante.

Et pourtant, il m'a servi de bouée, comme se raccrocher à un rocher glissant alors que la marée vous emporte.


A ce moment là, j'ai passé trois mois à lire Buk', à ne faire que ça quasiment, mon éducation, tout seul comme un gland, de retour chez mes parents. Bande son exclusive, Hank Williams et rien d'autre. Le Hillbilly fellow et un teuton bouracho comme thérapie, fallait être tordu pour se lancer là dedans. Trois mois à décrasser la machine aux bons soins de maman Spanky, manière d'être en état de mettre un terme, retrouver un rythme de vie qui ressemble à quelque chose. J'étais détraqué, le mécanisme en charpie, les rouages tous niqués. C'est en lisant Au Sud De Nulle Part que je m'en suis rendu compte, il a fallu ça pour que je percute, pour que j'arrête de voir la loose comme une notion romantique. Le pire peut arriver, le pire arrive toujours, en fait. 
 

Le vieux Buk' m'a ouvert les yeux sur ce que mon père n'avait, pourtant, eu de cesse de me répéter, la masse est conne, seul l'individu compte, plus tu rassembles de monde et moins ça cogite. Chacun se doit de développer sa propre vision des choses, exprimer son propre décalage. Merde à la pensée unique, merde aux communautés d'esprit, de corps ou de tout ce que vous voudrez. Merde aux grands idéaux, aux grandes luttes communes, tout ça n'est, finalement, qu'un prétexte pour ne rien changer avec l'excuse d'attendre d'être rejoint par le plus grand nombre. Les cris fédérateurs me font tourner le dos. La révolution, c'est à chacun de la faire dans sa propre vie, principalement en s'exprimant selon ses convictions même, et surtout, au milieu d'une assemblée hostile.



Voilà ce qui transpire des histoires tordues et abracadabrantes de Bukowski, de son diable en cage, de ce type en fin de course qui tombe amoureux d'un mannequin en plastique mais ne peut s'empêcher d'y taper dessus, de tous ces personnages qui commencent seuls, finissent seuls et qui, dans le cas contraire, ne connaissent que déchéance.

Vous l'aurez pigé, c'est pas très social comme histoire mais de toute façon, je n'ai jamais cru en la générosité humaine. Quelques temps après avoir lu Au sud de nulle part, j'allais me retrouver avec une artère ouverte à 4 plombes du matin, sur une route paumée, avec plus de sang sur les épaules de mon cuir que ce qui me restait dans le corps, j'ai compté 5 voitures qui sont passées sans s'arrêter. Alors venez pas me causer d'entre-aide, venez pas me charrier avec la nature humaine. Bukowski aide à se sentir moins monstrueux lorsque l'on a le cœur déconnecté de la tête.
Lisez Au Sud De Nulle Part, si ce bouquin ne vous rends pas meilleurs, il ne vous rendra pas pire, quoiqu'il en soit


Bukowski est un écrivain important qui n'a jamais rien écrit d'important, la gueule dans le caniveau, dans la pisse des plus malins que lui, dans les merdes de leurs clébards, il s'est contenté de survivre et de nous le faire savoir. On a tous connu des gars terriblement plus malins que nous, mieux calibré pour la réussite, mieux armés socialement comme disent les conseillers d'orientation. Et puis quoi ? On est quand même là au bout du compte.

Bukowski n'a rien dit d'essentiel mais ce qu'il a fait est vital, il nous a rendu visible et incontournable aux yeux d'un monde qui se serait bien passé d'avoir nos tronches à la une, il a fait que ceux qui ne trouvent jamais l'heure d'aller se pieuter se sachent moins seuls. La vie n'a pas de règles, seulement les barrières que l'on se colle sur le cul pour se sentir dans la norme. Pour s'intégrer. Depuis quand on est plus heureux en étant moins seul ? 
Foutaises. 
 

Well, j'ai lu Bukowski y a un bail et après ça s'en était fini des bandes, des potes par centaine, des groupes de rock'n'roll de mes deux. J'ai pigé que pour ne pas reprocher une décision à qui que ce soit, il fallait la prendre seul. Et puis je me suis barré, et comme j'étais nulle part, je suis parti au sud.

Hugo Spanky

mardi 2 octobre 2012

LaWLesS, DeS hoMmeS saNS Loi




Enfin, il aura fallu attendre sacrément longtemps mais on tient à nouveau un putain de film qui n’a pas à rougir des grands classiques d’antan. On le doit au duo John Hillcoat / Nick Cave qui, après le néo western australien « The proposition » au lyrisme certain mais quelque peu casse bonbons sur les bords, nous propose avec « Des hommes sans loi », un autre film de genre qui cette fois-ci traite du gangstérisme dans les années 30.

Situé en pleine campagne profonde Américaine lors de la prohibition, ce long métrage nous narre la lutte d’une fratrie de bootleggers contre un procureur corrompu assisté par un agent fédéral retors. L’histoire est donc simple et a l’avantage de ne pas s’aventurer dans des intrigues tortueuses à rebondissements multiples ridicules et inutilement emberlificoter par des flash-back cache misère comme c’est couramment le cas avec les films actuels d’une fatuité consternante (remember cette daube d’Inception qui cumule ces afféteries pour le pire des résultats). Rien de tout cela ici, l’histoire est bétonnée et n’a pas besoin d’artifices creux pour exister ; d’ailleurs la réalisation d’une fluidité exemplaire la sert admirablement : pas de montages cut débilitants, de plans parkinsonien qui donnent la nausée et d’effets d’optique de couleurs qui nous angoissent sur notre bonne santé oculaire.




Un récit, même exemplaire, ne peut cependant pas fonctionner sans personnages forts incarnés par des acteurs talentueux. Ça tombe bien, le casting ne comporte ni Robert Pattinson ni Asthon Kutcher et ni Colin Farrell, ces baltringues de fond de cours qui vous rendent le genre humain infréquentable ; au contraire, nous avons affaire ici à un trio exceptionnel pour interpréter les protagonistes principaux qui sont les trois frères Bondurant.


C’est Tom Hardy qui joue l’aîné, celui qui tient à la fois le rôle de père et de mère auprès de ses frères. S’appuyant sur un jeu tout en intériorité ou toutes les émotions passent par le regard, s’exprimant avec parcimonie et ne manifestant son mécontentement que par des grognements, se déplaçant avec une extrême lenteur, il compose un personnage qui en impose par sa seule présence et qui dégage une autorité naturelle.
Jason Clarke, qui campe le deuxième frère de manière également animale, arbore une dégaine de clochard forcément porté sur la boisson, et ses yeux bleu acier transpirent toute la frustration et la violence sourde qui le hante. Et quand il finit par libérer ses pulsions, il fait preuve d’une sauvagerie sans borne.

Mais les deux acteurs qui marquent le plus les esprits dans ce film sont Guy Pearce et, aussi ahurissant que cela puisse être, Shia Labeouf  (oui, le branleur inconséquent de Transformer!). Pearce incarne un agent fédéral ultra maniéré toujours tiré à quatre épingles dont la mission est de mettre au pas tous ces bouseux de bootleggers. Sa voix écœurante de suavité, sa gestuelle reptilienne, sa prétention incommensurable tout concourt à nous faire détester ce sale type pédant et on a qu’une envie, lui faire disparaître son sourire suffisant en lui pétant les ratiches en lui assénant une soupe de phalanges maison. Aussi brillante que soit la prestation de Pearce, c’est bel et bien le jeunot Shia Labeouf (ce blaze, tout de même !) qui domine ce casting de haut vol dans le rôle du benjamin des frères Bondurant. Dans un premier temps de nature pleutre, candide, intimidé par les femmes, il gagne peu à peu en assurance, prend de l’ascendant sur ses frères, devient gouailleur avec sa dulcinée et fait preuve d’une férocité qu’on ne lui soupçonnait pas. Labeouf avec un jeu d’une justesse étonnante, sans forcer le trait comme le ferait le Robert De Niro grimaçant de base, use de toute une palette d’émotions pour montrer l’évolution de son personnage.


Cet univers viril serait rapidement étouffant sans la présence de personnages féminins forts. La sublime Jessica Chastain, contredit sons aspect fragile avec sa force de caractère inébranlable, et fait vaciller le bourru Tom Hardy qui se retrouve aussi désarmer qu’un enfant face à elle. 


Quant à la délicate Mia Wasikowska, son espièglerie prononcée rend dingue le benjamin des Bondurant qui ne sait plus sur quel pied danser avec elle.
Certains reprochent à ce long métrage son classicisme, laissons ces abrutis s’astiquer la nouille devant « Holly Motors », le dernier méfait de Léo Carax, et allez savourer sans honte un film digne de ce nom dont l’histoire et les interprètes font toute la saveur.


Harry Max