samedi 28 avril 2012

EddY sChMoLL


LE DERNIER DES GÉANTS


Depuis le temps que Ranx Ze Vox existe vous savez à quel point notre fine équipe est d’un sérieux à toute épreuve. Nous n’hésitons pas à donner de notre personne pour clamer haut et fort que rien ne vaut les soirées bien arrosées afin d’ouvrir son esprit à de nouveaux horizons.

Ce fut lors d’une de nos bacchanales infernales qu’une révélation subite me frappa lorsque l’ami Spanky déposa une de ses galettes chéries sur sa platine.
Instantanément le groove s’empara de mon corps qui jusque là se trouvait lamentablement avachi sur une assiette de kebab. Mais bon sang, me dis-je, en transe, tandis qu’une feuille de salade me tombait de la joue, quel est donc ce type qui chante le rock’n roll de façon si démoniaque et en français de surcroît !?

« Ben c’est Eddy Mitchell, grunge ! », m’invectiva, l’œil aussi goguenard qu’aviné, le Spanky alors que 7red, impassible face à tout ce remue ménage, continuait à roupiller tel le guerrier après un dur labeur.

Comment le Eddy Mitchell de Comme quand j’étais môme et du Cimetière des éléphants a gravé sur cire du bon vieux rock’n roll endiablé et je n’en savais rien !? Quelle ne fut pas ma stupeur d’apprendre cela avec dix grammes d’alcool dans le sang !


Et effectivement, les lendemains plus tranquilles qui suivirent cette soirée agitée, furent mis à profit pour que je me rende compte, avec effroi, de mon intolérable lacune concernant l’Oeuvre Mitchellienne. 
                               Un petit bras, un moins que rien, un branleur que j’étais à son sujet, tiens !


Certes j’appréciai déjà largement le bonhomme car, grâce à l’émission La dernière séance, il a bercé mon enfance et a affûté mes goûts cinématographiques si bien que, désormais, les séries B, les polars, les westerns et les grands classiques hollywoodiens sont ma came préférée. Rien que pour ça, j’adresse un grand merci à Mr Eddy. Mais en ce qui concerne sa carrière musicale, j’étais passé complètement à côté.

Désirant rattraper un retard de 48 années (!) en la matière, je me mis fébrilement en quête de ses opus.
Hélas, face à l’incompétence crasse de notre industrie musicale, je m’aperçus rapidement que dégoter les disques du bonhomme était tout sauf une sinécure.
Mis à part Frenchy, Jambalaya et ses deux derniers albums (Come back et Ma dernière séance) on ne trouve que des best of d’Eddy. Et dire que ce crétin de Pascal Nègre ose nous faire la morale sur le téléchargement illégal alors que les bacs des disquaires sont d’un vide abyssal, il y a de quoi fulminer là !

Nevermind, ce n’est qu’au terme de recherches acharnées (au passage merci Hugo et l’ami Bernard) qu’une maigre partie du Graal discographique de Schmoll s’offrit à moi.
                                                          Et là, ce fut la GROSSE CLAQUE ! 
 
Déjà, rien que les pochettes des galettes sont un régal pour les mirettes (celles de 7 colts pour Schmoll et de Rocking In Nashville notamment) et donnent une furieuse envie de poser les disques sur une platine. Dans le cas des deux lp cités aucune déception n’est à déplorer lorsqu’on s’adonne à cette manipulation.
Gorgés de compositions dantesques qui nous entraînent dans le rhythm’n blues le plus pur (pour 7 colts…) et le rock’n roll le plus échevelé (pour Rocking…) nos oreilles sont à la fête.

Le gars Eddy, qui a oublié d’être sourd, reprend du Chuck Berry à foison et adapte lui-même les paroles en français avec un talent de parolier hors pair.
Car notre bonhomme n’a pas son pareil pour croquer, le temps d’une chanson, des tranches de vie qui nous touche ( A crédit et en stéréo, sur notre besoin maladif de posséder des choses alors qu’on en a pas les moyens financiers ; Fume cette cigarette, sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte ; C’est un piège, sur notre facilité désolante à se laisser berner par autrui).


Disons le carrément Mr Eddy se soucie de tous les travers de notre société et déteste les interdits que l’on nous impose. Écouter l’album Après Minuit, un modèle de description de la dépression qui frappe notre monde. Avec le morceau Il ne rentre pas ce soir, il résume la crise de l’emploi mieux qu’un discours, forcément vaseux, d’un politicien. Avec Le parking maudit, il nous décrit le quotidien sordide des prostituées. Je ne suis pas un géant, quant à lui, nous parle de rupture amoureuse tandis que Le barman nous narre les vicissitudes de ce métier pas aussi évident que l’on croit. Ces pépites musicales sont autant de chefs d’œuvre poignant qui nous hante longtemps après leur écoute.
Mais comme il ne fait jamais les choses à moitié, ce sacré Eddy est également un visionnaire. Sur le disque Sur la route de Memphis, il nous assène une reprise de The harder they come de Jimmy Cliff dans une version autrement plus enlevée que l’originale. Elle se nomme Le maître du monde et, alors qui l’a écrite en 1976, elle nous parle des ordinateurs qui contrôlent de plus en plus nos vies.
Vous l’aurez compris, en tant qu’auteur, l’ami Eddy touche sa bille.
Son autre force réside dans son impressionnante faculté à savoir s’entourer des meilleurs musiciens du circuit.

Dès ses premiers albums, il n’a pas tergiversé à essayer de trouver en France une équipe qui fasse l’affaire (les baltringues qui accompagnent Dick Rivers, non merci ce n’est pas pour lui, non mais !), direction Londres et, avec un ensemble orchestral du cru, le London All Star, il enregistre une pelletée de titres prodigieux.
Titres que l’on retrouvera, notamment, sur les galettes Eddy In London (forcément), Du rock’n roll au rythm’n blues (tout e(ddy)st dit là !) et De Londres à Memphis (sur celui-ci il s’expatrie également aux USA et, avec des musiciens qui ont œuvré pour le King himslef, s’en va prêcher la bonne parole rock’n rollienne).
Ces opus nous transportent dans une tempête de swing, de groove et de soul qui nous donne des fourmis dans les guibolles : les cuivres nous rugissent à la gueule, les chœurs féminins nous déversent du miel dans les esgourdes, les guitares nous abreuvent d’accords d’anthologie et la rythmique nous entraîne dans sa folle cavalcade éperdue. Du bonheur à l’état pur, voilà ce que nous propose ce diable d’Eddy.


Après cette incartade britannique notre bon Eddy débarque à Nashville, Tennessee où il se dégote des musiciens d’exception. Avec ce gang infernal il va graver 7 albums studio (Rocking In Nashville, LA bombe de sa pourtant faramineuse discographie ; Made In USA, son album country à lui ; Sur la route de Memphis, Le dernière séance, Après minuit, C’est bien fait ! et Happy Birthday) ainsi que quelques live.
                           Tous ces opus sont indispensables et ils renferment des joyaux indémodables.

Sirop rock’n roll, Happy Birthday rock’n roll, C’est bien fait ! et, au cas ou on aurait toujours pas compris, J’aime le rock’n roll sont les tables de la loi avec lesquelles Eddy compte défendre l’honneur bafoué du rock’n roll.
Le bougre ne lâchera pas l’affaire : il s’attaque à David Bowie et Lou Reed qui –honte à eux !- ont osé efféminer sa musique préférée, à Roger Daltrey et son horripilant zozotement, aux ridicules mouvements New Wave et Disco et aux maisons de disques et aux médias qui l’ont outrageusement aseptisés. 
Bref, tous les indésirables qui ont dénaturé le bon vieux rock’n roll d’antan en prennent pour leur grade !

Tu peux préparer le café noir, La photo des jours heureux, Je t’en veux d’être belle, Divorce, nous montre son versant romantique qui, immanquablement, face à la justesse des ses propos, vous flanquera la larme à l’œil.

À l’ouest d’Eddy, La dernière séance, Good Bye Gene Vincent, Enterre mon cœur au ciné Majestic sont des vibrants hommage à ses héros de toujours (Ava Gardner, Robert Mitchum, Burt Lancaster, etc.) et à une époque désormais révolue (celle des cinémas de quartier en France, des drive-in en Amérique, des idoles du rock’n roll originel, etc.).


Dodo métro boulot dodo, Je fais le singe, Ne changeons rien critiquent violemment les mœurs de notre époque, le capitalisme à outrance et les tuniques bleues (c’est de cette façon qu’Eddy nomme la flicaille !).


Mais, il faut être juste Mr Schmoll a commis également des chansons tout bonnement ratées. Ses textes sur l’indigent lp Zig Zag ne sont que préchi prêcha hippie insupportable (enregistré avec Magma...) Une large part des morceaux de Rock’n roll (décidément, ça confine à l’obsession là !) sont du même acabit. Et que dire des titre Les pattes folles et Au camp du bonheur sur Après minuit à part qu’il sont digne d’une pantalonnade lourdingue de Patrick Sébastien.

Eddy n’est donc pas infaillible et ses albums des années 80 et 90, gâchés par une production ultra datée (tombant dans les travers de ce maudit synthétiseur et du son clinquant), sont hélas là pour en témoigner. 
 

Heureusement, les années 2000 réussissent bien mieux à Eddy qui sur les albums Frenchy et- surtout- Jambalya retrouvent une orchestration à tendance back to the roots du plus bel effet (à tel point que l’on regrette vivement de ne pas avoir assisté au Jambalaya Tour qui, visionné en DVD, révèle un show magistral). Et quand on sait qu’il a retrouvé sa virtuosité de conteur, on plonge sans hésiter dans ses nouvelles péripéties musicales.




Avant de conclure, rendons également hommage au compositeur attitré d’Eddy depuis toutes ces années, Mr Pierre Papadiamandis le grec le plus prodigieux que le monde musical ait jamais connu. 
Et profitons-en pour saluer le parcours cinématographique de notre Schmoll. 
Si, comme pour certains de ses disques, il frôla parfois la limite du cocasse (Frankensetin 90) il aura surtout su briller sur quelques unes des plus attachantes pellicules qui soit.



Il est grand temps qu’une juste reconnaissance soit rendue à Mr Eddy Mitchell. On a trop tendance à l’occulter au profit de son ami Johnny Hallyday et à le reléguer aux oubliettes.


Ne mettez pas autant de temps que moi pour vous rendre compte du talent de ce Monsieur et précipitez-vous sur ses disques de sa grande époque (commencer par Rocking In Nashville et, à moins d’être bouché au niveau des conduits auditifs ou être un fan de cette calamité sur deux pattes nommée Cali, vous serez conquis).

Harry Max

dimanche 22 avril 2012

joE jAcKsoN


Mon Précieux est un Joe, non pas celui auquel d’entrée on peut penser, cui-là c’est plutôt comme un grand frère, un Tonton, Onc’ Joe.
Non là c’est aut’ chose, un extra terrien aussi mais dans son genre à lui. Un dont on joue plus souvent les albums qu’on ne cite son nom, et pourtant, il est là, toujours présent lui aussi sur la platine, sur les étagères, peut êt’ un peu perdu entre les Two Tones’rie et les Pretenders, quoi que, il occupe à lui tout seul autant de place.



Joe Jackson. Mon précieux, vraiment, avec 7 albums, « notez qu’y s’rait un peu con d’en rajouter un d’mieux », m’a fait voyager et découvrir tant de trucs vers lesquels il aurait fallu attend’ encore 20 ou 30 piges avant que je m’y colle.
Un extra terrien depuis l’début ? Pas tant qu’ça, ses 3 premières galettes étaient bien en place de leur temps, on y retrouve c’qui a fait le succès des ti gars de Coventry tout comme le feeling et la proximité du Lee Brilleaux, la nécessaire différence d’un Ian Dury ou d’Elvis Llecosto, ce petit plus qui fait que tu peux pas direct’ ranger le disque entre le premier Clash et le Machine Gun Etiquette, pas vraiment à sa place.

Ce Joe est pour moi depuis le début un élément précieux, ce petit besoin d’avoir un truc qui t’emmerde, te rappel à l’ordre. Si un London Calling ou un Sandinista m’ont choqué les feuilles et ouvert sur plus large, ça reste dans l’ordre des chose, ça y restait du moins, le Clash a toujours voulu nous amener plus loin, pour le surplace y’avait les UK Subs « que j’adore mais bon … », les Two Tones’ries, c’est surtout sur les seconds albums que ça commençait à décoller, voir ailleurs, mais les années de 82 à 84 ont été terrib’.
Est-ce que le bizness avait repris ses droits, récupérant à tour de bras « Turning Rebellion into Money » ?
Faut reconnaît’ qu’en bien peu de temps, exit tout mes groupes chéris, du Clash au Jam, des Specials au Beat, de Stiff Little Fingers au Ruts et autres Members, on s’est retrouvé devant du dépêche mode ou culture club, passé en un clin d’œil de Chorus au top 50, Bad Time !!
Petite constante dans ce foutra merdeux, ce Joe, plutôt Jackson, qui menait tranquille son chemin. 


Si son Jumping Jive m’avait un tantinet laissé sur l’cul, l’album suivant de 82, Night & Day, m’avait carrément placé sur orbite.
Purs morceaux, des mélodies comme s’il en pleuvait, une basse qui propulse, des percussions & rythms latinos.
Normalement j’aurai dû m’insurger, pester très fort contre cette musique d’ascenseur, ben non, même pas. Comme quoi j’suis quand même pas si obtus, enfin pas tout l’temps !!

Faut êt’ honnête, j’ai principalement tourné avec les 5 premiers albums jusqu’au début des années 90, bien content et tout à fait contenté. 

De Look Sharp à Beat Crazy en passant par le I’m a Man, j’avais mon compte de morceaux bien sentis, speeds et revanchards à volonté, ce Jumping Jive pour la curiosité, du « Jazze » et ce splendide Night & Day pour…, là j’ai pas les mots, écouter aut’ chose que du binaire à Bam Bam, aut’ chose que du Rock 1,2,3,4, peut-êt’ juste de la Musique, cool, « pa’c’que c’est bien aussi ! »

L’année 94 a été pour moi un sale moment, un ami a renvoyer à sa mère à l’aut’ bout du monde dans une boite en sapin, des montagnes de projets qui passent au bouillon et des centaines d’autres à mettre en place pour récupérer de quoi rembourser le prêt du « rapatriement ».

Observation / Adaptation, Action / réaction, Nique Tout, la Pensée Clint, toujours !

De soirées gastronomico-musicales en chantiers de peinture, l’esprit était bien occupé, temps mieux ! Y’a des fois où s’qui vaut mieux ne pas trop laisser l’esprit prend’ le d’ssus !


C’est sur un de mes chantiers, en faisant le brin de place nécessaire à l’ouvrage que je suis tombé sur une cassette, mais si souvenez vous, ce truc avec une bande magnétik qui nous a tant fait galérer, d’un album de Joe Jackson, au milieu de trucs dont la décence m’oblige à taire le nom.

Un album plutôt tardif, 89, du moins dont jamais je n’avais entendu le moindre extrait, si toutefois j’ai jamais entendu le moindre extrait d’un album de Joe Jackson

Blaze of Glory, pas mon album préféré, mais celui qui m’envoie, me renvoie, à certains nœuds dans la boîte à ragoût, me rougit encore les yeux, me fout comme une merde quoi.



Y’a peu ma Douce m’a offert une boîte à musique de jeune, MP 3 qui z’appellent ça, plutôt bien pour accompagner une journée de boulot, rajoutez à ça la pas si lointaine découverte du mode Shuffle, j’ai très vite transformé ma boîte à zizic en un pire Sound System, un truc de goinfre, m’enfin là j’m’éloigne…

Si depuis la découverte de ce disque, j’ai encore étoffé mon lot d’album du Joe, notamment avec le superbe Big World, je dirais-je obligatoire dans toutes bonnes discographies du Sieur portées sur étagères, ainsi que le très, mais alors très, talentueux Body & Soul, plus proche du Night & Day, j’ai toujours ce même frisson à l’écoute du Blaze of Glory.

Non ce n’est pas son meilleur album, un Son très …80, et pas dans le meilleur du sens, certes un retour à des chansons nettement plus Rock/Pop « si j’avais une fois pensé met’ ces deux mots côte/côte » que sur les précédents, mais des chansons plutôt longues, qui des fois s’étouffent elles mêmes, toutes seules comme des grandes.
Pas de plage, les chansons, tout comme les ambiances sonores, plutôt diverses, se fondent l’une dans l’autre. Cette album est construit comme une tranche de vie, de la naissance à…, chaque morceaux amenant le suivant, dans un souffle, « sûrement ce qui m’a touché dans ce moment à caractère funèb’ », mais pas pour autant un album bordélique non, de morceaux bien Rock à une ambiance Psychiatro-nouillaveuse, selon, de morceaux Folk à des fresques Orientales, Funky & Rythm & Blues.
Une tranche de vie avec toutes les questions & réponses posées en cette fin de décennie, « faut admet’ pas que de tout repos », de la guerre froide aux ti yuppies tout neuf, des Rockers qui passent aux ti derniers qui voudraient chausser des pompes pas à leurs tailles, et tout ça avec un brin d’humour, de cynisme & de mélancolie.


Cet album me fait toujours le même effet et ça j’aime, je souhaite à personne des moments sombres pour découvrir un disque, quoi que… Mais celui-ci reste un régal, alors ouais le Son est pas classe, c’est très certainement pas le meilleurs de Joe Jackson, « bien que je peux trop rien dire, j’ai pas mon CAP d’juge » mais comme en fait sur chacun de ses disques, y’a avant tout un bonhomme bourré de talent, avec des putains d’compositions, de la musique à profusion, des arrangements, des chœurs, du cœur. 
Ce Joe n’a jamais fait de soupe, jamais. 
Explorer d’aut’ trucs, profiter de ses capacités, jouer, c’est quand même un morceau d’musicien, sans pour autant glisser dans l’médiocre ou la facilité, « y’avait police pour ça » ! 

Joe Jackson, on cite bien moins souvent son nom qu’on en joue un album, et c’est très bien comme ça, fallait juste que ça soit dit !!

7red


jeudi 5 avril 2012

HanK III



                                                 Son grand-père est un Rocker
 
Mal connu de par chez nous, la country cultive les lieux-communs et s'apparente, dans les esprits chagrins, à une musique de ploucs prétexte à des samedi soirs à base de croix brûlées, d'esclaves pendus et de pratiques zoophiles.
Le genre a pourtant fourni une sacrée ribambelle d'albums magiques aussi somptueux que méconnu dans nos contrées. Rarement un genre cousin du Rock aura été aussi peu courtisé, du public comme des médias. Dans un pays où la presse s'apparente souvent à un reliquat de fan club, il suffit pour s'en convaincre de jeter un regard rapide sur les titres en kiosque, soul ceci, blues cela, jazz machin, rock à tous les étages mais ploucland music non ça jamais, c'est foutrement dommage.  


La country a une histoire palpitante, des personnages hauts en couleurs et, des pionniers à nos jours, le genre a délivré en nombre de quoi se délecter les esgourdes. Sans prétendre donner dans l’exhaustif, Merle Haggard, Hank Williams, Jimmy Rodgers, Buck Owen, Gene Autry, Ernest Tubb ou l'excellent Webb Pierce mériteraient aussi souvent que le seul Johnny Cash d'être cités comme les grands précurseurs du binaire qu'ils sont.

 

La country-rock des 60's californiennes avait su en son temps rénover le style et offrir son compte de beautés avec des albums comme celui de Doug Dillard et Gene Clark, the fantastic expedition ou ceux des Flying burritos brothers, de l'International submarine band (safe at home) deux groupes au sein desquels s'illustre Gram Parsons. Il faudrait aussi réhabiliter les New riders of the purple sage ou ce chef d’œuvre de l'ombre, l'intemporel No other de Gene Clark tout ça sans négliger l'actualité du genre et tout d'abord l'incroyable album El santo grial la pistola piadosa du non moins incroyable Slackeye Slim, un petit bijou paru en 2011, Justin Townes Earle (fils de Steve) Amanda Shires, Eilen Jewell, Jayke Orvis (it's all been said), l’ensorcelante Rachel Brooke et son compère Lonesome Wyatt dont le e.p en duo (a bitter harvest) autorise quelques rapprochements avec l'alliance Nick Cave/PJ Harvey. Plus nerveux et bluesy Jimmy Mathus et son album Jimmy the kid mérite également le détour, tout autant que Lucky Tubb & the modern day troubadours, The boomswagglers, Jason Isbel ou la prometteuse Little Lisa Dixie.
Et surtout il faudrait causer de temps à autre de Hank Williams III, ne serait-ce que pour signaler la sortie de ses disques !



D'accord faut aussi dire que la Country n'y met pas du sien. Idéal pour bouffer du kilomètre, le genre s'est trop souvent fourvoyée dans le gros son, les stéréotypes, les histoires d'amour vaseuses pour séduire un public peu regardant et pour le moins traditionaliste. Un public qui ne se révolte même pas lorsque l'immense Hank Williams se voit refuser l'intronisation au Grand Ole Opry hall of fame. Toujours revancharde, la légendaire salle n'a jamais pardonné au pionnier d'avoir foulé sa scène raide bourré, plus camé qu'un Johnny Thunders.
Et pourtant. Que serait devenu la musique américaine sans Hank Williams ? Je vous le demande.


Le gars a tout inventé. C'est lui, le premier, qui y injectera des notions comme le mal, la déchéance, la provocation, les excès, la violence, la mort avant 30 ans. Hank Williams est l'origine du truc qui nous secoue. De lui et de sa Country naquit le Rockabilly, et la différence est infime. Les enregistrements Sun d'Elvis Presley sont de la Country et seul son attitude (sexy) et sa dégaine (cheveux longs, chemise et chaussettes rose) le distingue des standards d'alors.
 

Un Johnny Cash restera à jamais dans cette catégorie alors que les deux larrons jouent à ce moment là strictement la même musique. Débraillé, mal éduqué, indigne des ondes, des salles prestigieuses et fréquemment vu en compagnie de "nègres", le jeune Presley verra vite son style gratifié d'un nom qui arrange tout le monde, tout en le mettant à l'index des puristes: le Hillbilly. Sauf que ça reste juste un nom. Une étiquette qui désigne une origine frelatée. Il était pas bio, le Presley.
Hank Williams non plus.


Je ne sais pas si l'étude de la transmission des gènes est un sujet qui vous passionne mais si c'est le cas, le gars Hank III est pour vous. Fils illégitime et délaissé de Hank Williams Jr (un besogneux qui œuvre dans le sous ZZ Top) le gars III a tout de son grand père. La voix, la tronche, le talent et les tracas. Pas besoin de test de paternité pour déceler les origines du bonhomme. Auteur de textes dans lesquels la menace se mêle à l'insulte, Hank III va revigorer un style à l'agonie, le régénérer à la façon dont les Pogues avaient régénéré le folk irlandais. En lui foutant la gueule dans la boue.

C'est en suivant les conseils de la délicieuse Poison Ivy, via une interview de la dame, que je découvre le bonhomme avec son premier album, Risin' Outlaw, parut en 1999. Un disque un chouïa encore timide, constitué en majorité de reprises, principalement du méconnu mais excellent Wayne Hancock. Tout est en place, il manque juste un brin de folie qu'on devine latent.

Avec Lovesick, Broke and Driftin' en 2002, notre gars prend de l'assurance et signe la quasi totalité des compos. La seule exception étant une superbe et très personnalisée reprise du Atlantic City de Springsteen. Ce second album est sa première vraie réussite, l'affirmation d'une personnalité.

En 2006,
Straight To Hell met définitivement le feu aux poudres. Longtemps retardé, la maison de disque ne voulant pas d'un truc aussi virulent, le double album s'impose comme le sommet de ce que la musique peut encore offrir de plus sale, de plus authentique, de plus poignant (le splendide Country Heroes). Alternative assumée et revendiquée au son devenu trop conventionnel de Nashville, Hank Williams III a le feu sacré. Sans lui la race des Rockers trépanés serait morte avec Lux Interior. Traînez pas à découvrir ça. 
 

En parallèle à cet album, III enregistre This ain't country, album bien nommé puisqu'il projette d'y faire découvrir au public son autre passion musicale, le trash metal ! Rien que ça.
Déjà tendues, les relations avec le label Crub ne vont aller qu'en se dégradant. Plutôt middle of the road dans sa production, Crub refuse purement et simplement de sortir le disque. Il s'en suivra un imbroglio juridique contraignant finalement le label à laisser libre cours à l'inspiration de son remuant chanteur. D'abord avec Damn Right Rebel Proud, un brûlot maltraitant autant que faire se peut le petit monde bien huilé de la country grand public en dézinguant notamment et dès le premier morceau sa principale institution, le Grand Ole Opry. 
 
Partager entre furies, finesses et un haut degré d'hallucinations pour couronner l'ensemble, ce double album dans la veine de son prédécesseur conforte Hank III dans son statut d'incontournable. Au fil des faces, on passe sans transition du délicat clin d'oeil à To know him is to love Him planqué dans le solo de I wish I knew ou celui au Apache des Shadows dans le splendide 3 Shades of black,  à des morceaux qui s'ils gardent une tonalité country n'en louche pas moins sur le punk ( Long hauls and close calls, PFF)

Hank Williams peut reposer peinard, il ne sera peut être jamais intronisé mais, avec une telle descendance, il n'est pas près d'être oublié.


Débarrassé des contraintes de son label, Hank III retravaille les bandes de l'avorté This ain't country et en tire non pas un mais deux albums qui paraîtront à deux ans d’intervalle, Assjack dans un premier temps, en 2009, Hillbilly joker ensuite. Deux disques à effrayer même les plus endurcis fanas de Slayer, Exploited ou Sepultura. Deux ovnis enregistré en solo sur lesquels le bougre martyrise alternativement tous les instruments ! Même si ce ne sont pas des disques vers lesquels je me retourne souvent, chacun contient son lot de vraies bonnes chansons, Tennesse driver pour le premier, Hillbilly joker ou Life of sin pour le second en sont les plus évidents exemples.

Sur scène, Hank III continue l'expérience en divisant ses concerts en deux parties d'une heure et demie chacune, le premier set met la country à l'honneur, le second voit l'électricité prendre le pouvoir et envoie sa dose de métal corrosif.

Sans que ça n'étonne personne, vu le contexte, Crub et Hank III décident de mener route séparée. Néanmoins le label garde le droit de sortir des bandes restées jusque là inédites, comme ce sera le cas en avril 2012 avec Long gone daddy (qu'Hank III appelle à boycotter) et exige un dernier véritable album avant que le chanteur ne soit rendu à sa liberté. Ainsi, Rebel within sort en 2010. Porté par le splendide et aventureux single Karmageddon, le disque, s'il n'est pas décevant et se permet même d'étoffer le son avec l'apport d'une guitare électrique, souffre par endroit du syndrome album de fin de contrat.

Sans perdre un instant, Hank Williams III crée son propre label indépendant, avant de s'enfermer en studio. Le résultat de ces fructueuses sessions paraît en septembre 2011 sous la forme de trois albums bien distincts. 
 

Dans la veine disons classique, le diptyque Ghost to a ghost/Guttertown tutoie les sommets, que ce soit avec le morceau ghost to a ghost, un bijou enregistré avec la participation de Tom Waits pour un saisissant final éblouissant de beauté, time to die et son violon tzigane ou dans un registre plus paillard ce Don't you wanna au texte sans équivoque (lookin all around trying to find me a girl who wants to fuck...) 
L'album n'appartient quasiment plus à aucun genre tant la personnalité troublée du chanteur s'y étale avec talent, ambition et panache. Ridin' the waves s'autorise les distorsions d'une guitare électrique tout autant qu'un galopant banjo et applique à la country les recettes du métal pour un étonnant résultat, la lente et dépouillée valse The devils movin in côtoie l'hystérique Cunt of a bitch, Ray Lawrence Jr offre deux plages au nouveau venu du même nom, un gars sacrément prometteur que III a choisi de parrainer sans qu'il n'y ai rien à redire.
La seconde partie de ce triple album proposent un film sonore, Gutter town, une idée qu'Hank III avait déjà développé sur la seconde partie de Straight to hell mais qu'il présente cette fois de manière beaucoup plus aboutie. Entre bruitages sonores définissant une ambiance lugubre et chansons aux influences cajuns, ce second lp indissociable de Ghost to a ghost, nous embarque dans un univers qui fini de placer Hank III en dehors de toutes les catégories.

Attention deficit domination quant à lui est un album de doom metal tandis que 3 bar ranch cattle calin fait suite à Hillbilly joker en renouvelant les obsessions speed metal de notre homme. Chacun d'entre eux offre son pesant de folie furieuse. Vendu à prix cassé, ces deux albums sont avant tout réservés aux spécialistes du genre et permettent de mieux comprendre, si ce n'était déjà fait, pourquoi Hank III s'affiche avec un patch de Motörhead sur sa veste en jean.
C'est d'ailleurs en partageant l'affiche avec quelques uns des plus significatifs représentants du Hard rock que III va visiter, trop brièvement, l'hexagone le temps d'un concert le 15 juin 2012 au Hellfest de Clisson. Le reste de la tournée européenne évite malheureusement les salles françaises, sans doute trop frileuses pour s'éloigner des sempiternelles reformations de vieilles gloires du punk qui garnissent inlassablement leurs affiches. On ne peut rien contre la connerie, certes, mais il serait temps d'instaurer dans notre pays un système exigeant que les subventions versées à ces salles imposent une programmation plus éclectique. Après tout lorsqu'on est financer par l'argent publique, il serait normal de répondre à un cahier des charges qui correspond à la diversité des goûts des français. Bon, je ne vais pas une fois de plus m’irriter l'ulcère sur le sujet mais merde.

 
Quoi qu'il en soit, Hank III mène à un train d'enfer une carrière qui ne ressemble qu'à lui même. A une époque où le consensus est devenu la norme, ça laisse un peu d'espoir à ceux qui refusent de se fondre dans la masse. Merci.

                                                                                           Hugo Spanky