jeudi 30 décembre 2010

BUBBa-HO-TeP


Pas de véritable actualité pour Bubba-Ho-Tep, le film est de 2003 (et en France...2006), le dvd est paru depuis des lustres, mais une envie d'en causer, d'y revenir.

Venu de nulle part le film de Don Conscarelli au scénario ultra casse gueule est une série B qui vaut de l'or, notamment grâce à son duo d'acteurs Bruce Campbell (Evil dead) et Ossie Davis (Do the right thing). Mais c'est aussi bien plus que ça. Bubba-Ho-Tep est peut-être le meilleur film de ces dix dernières années. Un film farfelu. Une farce qui arrache des larmes.


Bubba-Ho-Tep est un film qui tire le rideau, un film dont le scénario enterre toute une culture, propose une fin au dernier des rêves. L'histoire de Bubba-Ho-Tep c'est la station terminus d'une certaine Amérique, pas de bol c'est la notre. L'Amérique du bon goût, celle de Sinatra, des poings levés des J.O de Mexico, celle de Mohammed Ali. Celle qui inspirait l'espoir et non la crainte. L'Amérique de John Kennedy et Elvis Presley. Ça tombe bien ce sont deux des trois personnages principaux d'une histoire qui se fout royalement des faits historiques. Elvis est vivant, vieux, et JFK est black ! Et pourtant on ne demande qu'à y croire. Le troisième personnage est l'inquiétant Bubba-Ho-Tep justement, le croquemitaine en santiags dans lequel on peut aussi reconnaître un Georges Bush Jr venu ratiboiser une bonne fois pour toute ce fameux rêve en volant l'âme de la génération qui l'incarna le mieux.



Bruce Campbell est fabuleux dans son rôle d'Elvis en phase terminale coincé dans une maison de retraite hyper cheap suite à une rocambolesque série de maldonnes. En V.O son travail sur les tics vocaux de Presley fait que l'on s'attache immédiatement à son personnage, on le connait déjà tellement bien. Lorsque le regard perdu mais l'esprit lucide, il évoque sa fille ou ce que fut sa vie, on y est. Plus de place pour le ridicule. Et c'est là que le film fonctionne, ramenant la légende à sa plus cruciale réalité, à sa dimension humaine. Elvis n'est plus le King ou je ne sais quoi, couché dans son hospice il est ce que tous nous avions perdu de vue, un homme. Tout con, et avec un pustule purulent sur le gland pour faire bonne mesure.



Le mythe de l'Amérique est entièrement là, non pas à défendre des divinités mais à oser prétendre qu'un homme peut le faire, devenir quelqu'un en partant de rien, se réaliser par lui même. 
Si j'ai adoré autant de choses et d'idées venues de ce coin là du globe, c'est pour cela. Parce que ce pays, il ne fut pas le seul, défendit du concret, pas du vent. Les combats des 60's (droits civiques, libertés individuelles, reconnaissance d'une culture jeune) avaient ceci d'attrayants, ils défendaient l'Homme et non pas, comme c'est hélas le cas aujourd'hui, un dieu contre un autre. Comme si seul un quelconque fantasme pouvait trouver des réponses aux problématiques du 21ème siècle, comme si l'Homme en était incapable. Le soucis de notre époque est là, le renoncement. Le "qu'est ce que tu veux que j'y fasse", le "de toutes façons on n'y peut rien".
Bubba-Ho-Tep est un gros fuck à cette façon de penser, Elvis grabataire et JFK à mobilité réduite vont se remonter les manches et s'y coller. Ils vont flanquer une branlée mémorable à Bubba la momie, uniquement pour sauver leur dignité, ce en quoi ils croient. Ils ne vont pas abdiquer. Pas cette fois. Et c'est beau.


Aussi con que cela puisse paraître, ce qui pourrait n'être qu'une comédie au scénario habile devient un moment attachant à la nostalgie combative. Un de ces films qui plutôt que face à un spectacle nous met face à nous même et nous laisse avec un spleen parfaitement raccord avec la saison.
Bubba-Ho-Tep est un film col relevé, dents serrées, qui rappelle cette évidence oubliée: tant qu'on n'est pas mort, soyons vivant.
Et pour ne rien gâcher, la B.O est une merveille.



                                                              
Hugo Spanky
        

lundi 27 décembre 2010

Annie Girardot

Avant qu'elle s'en aille
J'voudrais y dire combien que j' l'aime
C'est pas facile, et ça fait un moment qu'je mijote
Trouver les mots, les bons,
Lui dire comment que j'la trouve grande,
Comment que j'la trouve belle.
Avant qu'elle s'en aille,
Lui rendre un big hommage.


Sincèrement c'est trop pas évident
Une montagne de respect,
Elle est pour moi l'image de la Femme
Bim direct touché.
Je suis pas très film, une heure et demi assis c'est trop long, et puis honnêtement pour moi Madame Girardot, c'est avec la bande à Audiard que j'm'en régale le plus.

Une Femme, une immense et belle Femme

On a eu les Dames Signoret et Romy Schneider, mais là pour moi on est au Top.
Pas de beauté à vous couvrir les 1 ères de magasines, quoi que ..., pas de grands airs de la Mama qui gère et contrôle la famille, non, une Femme qu'est pas là où s'qu'on l'attend.
  En plus d'être sacrément très belle, une femme capable non pas seulement d'se fagotée en mec en conservant tout son charme, une qu'est capable d'assumée, se tenir devant des Gabin, Blier et des Ventura, leur rend'e la répliques, dans son costard à rayures, équipée avec une Thompson à camembert, faire frémir le mi-temps, une femme qui mène sa vie d'femme et avec quelle splendeur !
Coté cinéma, si j'ai vu beaucoup de ses films j'en reviens toujours à ceux où Audiard mettait sa pâte. Sans doute pas l'éloge la plus maline pour quelqu'un qui a un vrai talent pour la dramatique mais c'est là où s'qu'elle m'envoie loin.


Dans ces rôles de Pétardière de compétition où la plus charmante et délicate des personnes s'en va en guerre équipée comme un destroyer et un vocabulaire de chez Cruel, chef de gang et d'une machine d'élimination à grande échelle, femme de ménage qui truande des plus escrocs qu'elle ou tout bonnement, tient le rôle d'une femme, sans faux plans cinémateux, rien que elle, une face, un regard, des traits, une façon de parler, de se tenir, un individu, pas une putain d'création.
Actrice la plus populaire du pays dans les années 70, il aura fallu des sales cons d'réalisateurs modernisant pour mettre au placard ce trésor, comme quoi c'est pas nouveau les peignes zizi qui réécrivent l'histoire plutôt que d'l'apprendre.


Je me suis payé une tapée de DVD de tout ces films pleins d'Audiarderies, doux bonheur, on y trouve des bonus plus que précieux. Extraits d'interviews du p'tit cycliste, de ses acteurs, mes favoris, Ze Audiard Team.
On y apprend leurs rapports pendant et entre les tournages, ce fluide précieux qu'on appel amitié et respect entre eux. Toujours touchant de voir un André Pousse avec sa tête de mauvais parler avec tant d'amour de ses collègues de "travail".
Annie qui dévoile, émue, les liens qu'elle entretenait avec le p'ti cycliste, un amour réciproque, pas tonique, un exemple de c'qu'est la pudeur.


Aujourd'hui, après un retour sur scène et au théâtre, on le sait, la Dame est malade.
Alors on en parle, un peu dans la presse, un reportage, un bel hommage.

Annie Girardot reste une femme magnifique, même les yeux un peu perdus, elle est toujours aussi troublante, grande.


Elle reste pour moi l'image, l'idéal faite Femme, une à coté de qui j'aurai eu mucho plaisir à marcher, joyeux bambin, la tenant serrée par la main.
Une Grande Dame, une très grande dame que le cinéma a trop longtemps oublié, lui préférant toute sorte de joly décolletés, j'critique pas, j'adore ça, mais qu'est ce qui reste de tout ce troupeau de joly pénélopes aujourd'hui ?
On se souvient même plus des titres des films dans lesquelles elles ont joués !
Préférant de jeunes andouilles à la plastique plutôt avantageuse à de vrais individus, avec une gueule, avec des mots, des vrais gens quoi !
 A regarder aujourd'hui l'état du cinéma français, qui marche semble t-il pas si mal, mais avec qui ?
Des gravures de modes ou des comiques pas drôles !
 

On dirait qui z'ont peur d'écrire et de réaliser des films qui peut-être ne feraient pas 20 millions d'entrées, peur de faire des films avec aut' chose que leur acteurs "bankable", imaginez un film de l'homme Bonvoisin avec une Catherine Ringer, seule femme que je pose au même niveau que ma Dame Girardot, ça aurait quand même une aut' gueule que leurs remakes de trésors du passé, moulinés avec des acteurs plein d'vides.

"J'm'égare, mille secousses".
Tout ça pour dire, avant qu'elle s'en aille,
Madame Annie Girardot,
Rosemonde Dubois de la Faisanderie,
J'ai plein d'amour pour vous et un respect,
comac !

7red

vendredi 10 décembre 2010

THe CoRAL

THE PERFECT HARMONY


En 2007, The Last Shadow Puppets, composé de Alex Tuner (leader des Arctic Monkeys)
et Miles Kane (de The Rascals), sortaient « The age of the understatement ».
Renouant avec la pop orchestrale 60’s, les petiots nous ont étonné avec ce disque d’une fraîcheur rarissime à notre époque dont les compositions sont d’une splendeur difficilement égalables.

Pour autant, bien avant eux en 2002, The Coral, six bonshommes issus de Liverpool, James Skelly (chant et guitare), Bill Ryder Jones (guitare), Paul Duffy (basse), Nick Power (aux claviers), Lee Southall (guitare) et Ian Skelly (batterie) s’apprêtaient à déblayer le terrain.
Avec leurs quatre premiers albums (The Coral en 2002, Magic and medicine en 2003, Nightfreak and the sons of Becker en 2004 et The invisible invasion en 2005), ils ont établis ce qui deviendra leur marque de fabrique : les ruptures de tons fréquentes au sein d’un même morceau, l’enchevêtrement des guitares et les chœurs démultipliés. 



Pratiquant une pop baroque, au psychédélisme plus que marqué, ils surprennent par l’habile mélange de leurs guitares acoustiques et électriques aux sonorités aussi délicates que rock. Toutefois, il convient d’avouer que sur ces quatre galops d’essai plusieurs compositions sont fatigantes à l’écoute car trop bordéliques et dissonantes. En revanche sur d’autres titres, ils font preuve d’une 
aisance mélodique certaine qui dénature de leur propension à écrire de parfaites pop songs.



En fait les affaires sérieuses débutent en 2007 avec leur cinquième opus le dénommé Roots & Echoes. Délaissant leurs constructions trop barrées par moments, ils s’engagent dans la voie d’une pop, mieux structurée et plus ouvragée, aux mélodies imparables (tout le contraire de ces pitres de Dionysos quoi…). Les guitares, toujours autant rock dans leur son (utilisation de Gibson oblige), proposent une large gamme de styles (country avec la pedal steel, psyché avec la fuzz et, quand elles sont cristallines, plus ouvertement pop) et se font plus subtiles. Les claviers d’outre tombe et l’omniprésence de la basse apportent une touche crépusculaire bienvenue à l’ensemble. L’apparition d’une flûte et de percussions (assurées par Matt Potter), de hautbois et d’arrangements de cordes sur certains morceaux, combinés aux chœurs foisonnants, éclaire de façon percutante les progrès dans la science de la composition des gaziers. Pour s’en convaincre il suffit d’écouter les morceaux Jacqueline, Cobwebs (à l’entrain communicatif), Night at music, Rebecca you (aux cordes somptueuses), Not so lonely (balade crève cœur), In the rain (Libertines style) et Who’s gonna find me, She’s got a reason (et leur rythmique rock appuyée).





N’ayant dès lors plus rien à envier à The Last Shadow Puppets, James Skelly et sa bande nous captivent avec leur pop ciselée à la production toute en finesse (au son moins massif que celle des « Puppets » et c’est tout à leur honneur). Afin de marquer le coup, leur nouvel opus « Butterfly house » poursuit sur cette éclatante lancée et, malgré la défection de Bill Ryder Jones, aligne les perles avec une facilité déconcertante. Les arrangements sont toujours aussi chiadés et, à nouveau, ces sacrés bonshommes nous épatent avec leur aptitude à utiliser une large palette d’instruments. Bref, il est plus que temps que ce secret, jalousement conservé par nos voisins britanniques, soit largement éventé pour la plus grande satisfaction des amateurs de pop de qualité. De celle qui ne sombre jamais dans la niaiserie la plus crasse bien sûr.

Révérend Harry Max Powell

jeudi 2 décembre 2010

DoN LeTTS, DreadLoCks & Culture CLAsH !



Il y a des livres que l'on referme avec l'impression de quitter un ami. Celui de Don Letts est ainsi. Culture Clash porte bien son nom, n'allez pas vous imaginer une énième somme sur les quatre du Westway, un seul chapitre est concrètement consacré au groupe, le livre est bien plus vaste et englobe tout ce mouvement qui préféra secouer les certitudes plutôt que de les conforter. 
 Rockers mais aussi graffeurs, cinéastes, managers, peintres, rappeurs ou simplement roadies, une multitude de visages furtifs croisés au fil du récit et qui dessinent une énergie, une envie commune de refuser la fatalité. 
 A travers tout ça, le portrait d'un homme, son parcours, son enfance à Brixton, fils d'émigrés jamaïcains, son amour pour Trojan, son goût pour la dégaine qui détonne, auquel il doit ses débuts dans d'improbables boutiques de fringues en compagnie de la délicieuse Jeannette Lee. De la rencontre avec le Hip Hop naissant, des tournages souvent cocasses de clips pour Clash (tous à partir de celui de London Calling), PIL ou les Pogues (le superbe Summer in Siam), des films qui l'ont inspirés, de ceux qu'il a réalisé, à sa découverte à l'age adulte seulement de la Jamaïque originelle et de celle, plus tardive encore, de l'Afrique, le gars Don  Letts raconte toute l'histoire comme on cause au coin du zinc, sans fard, sans masquer les désillusions 


A aucun moment le Dread devenu sage qu'il est, ne tire la couverture à lui, ne se glorifie de quoi que ce soit. Ce type a pourtant fait plus pour la culture Rock que les quatre u2 réunis ! Sa participation à Basement 5, son rôle dans Big Audio Dynamite, sa difficulté à écrire des textes avec l'ombre de Joe Strummer qui plane sur tout ce que touche son complice Mick Jones, ses mix au Roxy, la furie d'Ari Up alors qu'il s'use à manager les Slits ou ses rencontres avec les leaders du mouvement Reggae, chaque page est passionnante pour quiconque ayant pigé que le Punk Rock n'est pas qu'une affaire de guitare ! 


 Les anecdotes sont plus que ça, ce sont des moments pour lesquels on aurait sacrifié l'intégrale de Gerard Lenormand. Avec Joe Strummer au concert qui lui inspira White man in Hammersmith palais ou dans les guêtres du Dr Alimantado, Don Letts nous balade au beau milieu d'une époque qui fait encore fantasmer même les plus mythos. 
Don Letts s'est construit dans la curiosité, dans le désir de différence envers les communautés, tout en réussissant l'exploit de les réunir toutes. Au même titre que John Lydon, avec lequel il arpente, parfois avec des coups de chaleur, les ghettos jamaïcains ou bien sur de Paul Simonon, Joe Strummer et Mick Jones qu'il accompagne à New York tandis que le Clash forge sa légende et que lui essaye d'en tirer un documentaire, Don Letts est bien plus qu'un simple témoin mais bien une pierre composante de cette brève et si riche histoire, ce choc des deux 7 finalement bien plus partouzeur que destructeur. Une fusion dont on rêve de retrouver l'alchimie.


Culture Clash le cadeau idéal sans attendre Noël.


 Hugo Spanky