vendredi 29 janvier 2010

BoWiE

Comment appréhender le cas Bowie ? Et quel Bowie
Celui à paillettes de Ziggy et Aladdin Sane ? 
Celui de l'époustouflant comeback de Outside et Earthling ?
A moins que ce ne soit le Berlinois d'adoption de la fin des 70's ? 
Ou encore le dandy à mèches des 80's ? 
Premiers éléments de réponse.

Station B.

1975, Bowie trip fasciste et ça lui va bien. En attendant les croix gammées sur les T.shirts Punk, le thin white duke s'offre un salut nazi à Victoria Station et une paire de déclarations sulfureuses. «L'Angleterre a besoin d'une dictature, d'un homme fort, sinon elle sombrera»
Rien de bien nouveau ceci dit, dès Brian Jones en uniforme et poupée piétinée, puis Ron Asheton ou Johnny Thunders et son brassard swastika, ou encore Lou ReedSid ViciousLemmy, nombreux furent ceux qui firent se tutoyer Rock et symboles détournés du 3ème Reich.



On s'en doute Bowie est plus fin que ça, ce qui le motive n'est pas le taux de remplissage des wagons en direction d'Auschwitz mais plutôt les théories avant-gardistes de Goebbels sur les médias et leur utilisation pour manipuler les foules. Entre autres.


 
Bowie, cocaïné à l'extrême, paranoïaque, anorexique, terrorisé à l'idée de finir comme son frère et sa mère, tout deux internés en psychiatrie, se fascine pour le sadisme, le concept de soumission à l'Homme supérieur, la torture, la cruauté mentale. C'est à cette époque qu'il prend pour habitude d'écraser ses Gitanes sur les fesses d'un Iggy Pop qui aurait peut être dû y réfléchir à deux fois avant de chanter I wanna be your dog.

Le fascisme qui gangrène Bowie est celui du Salo de Pasolini, celui de la marge décadente, symptôme du glissement des hauts de la société occidentale vers les orgies, les excès, la remise en cause de la morale chrétienne au bénéfice de rites païen. Sacrifices, démonologie, offrandes, Tarot, Bowie verse dans l'occultisme, le profane et se passionne de la quête du Graal qui obséda tant Hitler et ses sbires. Le fascisme latent bien plus que la virulence bestiale des hooligans, le thin white duke lance des fléchettes dans les yeux des amants déclame t-il dès l'ouverture de son nouvel album, le fascinant Station To Station. On savait Bowie peu friand du thème de l'amour, on découvre alors à quel point il l'exècre.


Une fois encore, le Rock va se vêtir de scandales et de provocations et c'est comme à l'habitude Pete Townshend qui l'analyse le mieux : Notre génération et la suivante n'utilise pas les symboles fascistes pour se revendiquer d'une idéologie mais plutôt pour exiger de nos parents et grand-parents une explication sur ces événements et leur implication personnelle dans ces événements. Chaque fois qu'on les interrogeait sur le sujet, on obtenait d'eux que silence et gène. La façon dont les Punks se sont couverts de croix gammées est juste une manière de demander à nos aînés : mais qu'est ce que vous avez foutu pour qu'un truc pareil puisse arriver ?
Et puis, ne soyons pas dupe, le look aryen va tellement bien à Bowie, un artiste pour qui l'image a toujours été primordiale.


1975, donc, et Bowie qui vient de graver deux de ses meilleurs albums, Diamond Dogs dont les textes lourdement chargés de visions apocalyptiques préfigurent le London Calling de Strummer et Young Americans, nourris à la Soul, qui révélera chez lui des talents de chanteur jusqu'alors largement sous-estimés.
Parallèlement au tournage de L'Homme qui venait d'ailleurs et entouré de ce qui restera son meilleur groupe, Bowie va enregistrer la synthèse du son américain qu'il a fait sien depuis Diamond Dogs et de ce désir de structures européennes plus complexes, qu'il développera par la suite en partant pour ce Berlin que son alter égo, Lou Reed, à utilisé comme base pour un disque qui fera date.



Partagé entre atmosphère shootée (Wild is the wing) et un Funk qui satisferait autant l'intellect que le bassin (Stay), Station To Station, avec ses compositions ne répondant plus aux standards du Rock, fera vite des émules du côté des Talking Heads et plus largement de la No Wave New Yorkaise. Abandonnant les refrains, rompant avec la progression classique des mélodies, privilégiant chœurs obsessionnels, ambiances oppressantes et angoisses de junkitude, le disque donne l'impression de danser sur les décombres. Le thin white duke marche à travers sa cour décrépie sans même un regard pour les corps collés au carrelage.
Le tandem Earl Slick/Carlos Alomar (le Rocker teigneux et le black sensuel) vont griffer tout l'album de riffs et chorus traumatisants. Bien loin de tomber dans la démesure, les deux vont se caler en mode économique et, malgré l'espace infini qui leur est laissé, s'appliquer à ne jouer que l'essentiel. A l'inverse de la mode des duels de guitares instaurée par le Rock'n'Roll Animal de Lou ReedBowie travaille le rythme, dirige ses hommes vers des sons torturés, distordus, très éloignés des déferlantes de notes qui épatent la galerie. S'il a régulièrement su s'entourer des meilleurs de la six cordes, c'est toujours en leur inculquant retenue et efficacité, dans ce sens j'ai toujours rêvé d'une collaboration avec Mick Jones, tant leurs conceptions du rôle de la guitare, mais aussi de la production, m'apparaît proche.



Les deux faces de l'album sont construites de façon similaires, un morceau de bravoure (Station to station et Stay), un single (Golden years et TVC15) et une ballade d'un lyrisme classique plus proche des crooners que des stéréotypes de la Rock music (Word on a wing et Wild is the wind). Ce parti pris unitaire donne au disque son impact, sa rigueur. L'autre changement est qu'on peut dire qu'entre Young Americans et Station To Station, Bowie a sacrément monté le son, encore aujourd'hui ce lp reste parmi les mieux enregistrés et les plus dynamiques qui soient, au grand dam de Tony Visconti que le Duke blanc-bec oubliera d'inviter aux séances.

Paru en janvier 76, il sera, jusqu'à Let's Dance, le dernier Bowie à se nourrir autant de l'influence américaine. Low et Heroes, qui lui succéderont, quoique tout les deux relativement inégaux, définiront une approche nouvelle de l'enregistrement et inventeront un futur aussi bien à Cure (A new career in a new town) qu'à Bashung avec un Beauty and the beast à la source duquel il viendra puiser Imbécile. 


Quelques années après sa parution, Station to station servira de bande son au très glauque Moi, Christiane FAvec la ligne blanche toujours en bout de paille, Bowie, inépuisable, va ensuite graver deux autres disques que je classe parmi mes préférés, Lodger puis le virulent Scary Monsters (c'est plus fort que moi, cette japonaise qui braille sur It's no game m'embarque à chaque fois.)
Jamais à un paradoxe près, il reviendra alors au sommet des charts avec une chanson décrivant un flash d'héroïne et défendue par un clip chargé d'images psychotiques qui influenceront, dans les grandes largeurs toutes les années 90, autant dans le milieu du cinéma que dans celui de la musique.

En à peine un peu plus de quatre ans, de 76 à 80, Bowie aura enregistré sept albums parmi les moins orthodoxes de la Rock Music. Défonçant les clichés, ces disques (The Idiot et Lust For Life inclus) sont sûrement le véritable reflet de l'esprit novateur du Punk, en tout cas bien plus que le boogie apoplectique des Sex Pistols ou la Pop vitaminée qui sert aujourd'hui de définition au mouvement de 77. 



Marginal, déglingué, imposant une vaste culture du bizarre, toujours à tester jusqu'où aller trop loin, la fascination jamais très éloignée de l'obsession, David Bowie n'est sans doute pas un chanteur qui ne nous veut que du bien, mais c'est uniquement pour notre plaisir.

Hugo Spanky

mardi 19 janvier 2010

QUaND La SueUR senT L'aLCooL

Souvenirs de papier feuillets collés au sol dans la bière, d'odeur de mégots froids dans le cendrier, de tempes qui cognent au réveil.... 

  Le Pub-Rock, un putain de genre mort-né.

Coincé dans le temps entre deux cultures dominantes, le prog-rock poussif et le Punk, le Pub-Rock restera le grand oublié de l'histoire.
En enregistrant en une poignée de sessions Down by the jetty (paru en Mono en 1974!) et Malpractice en 75, Dr Feelgood résuscite le British sound des 60's.
Vous vous souvenez de Johnny Kidd and the Pirates, des premiers albums des Rolling Stones, Who, Kinks, de ces lps gavés de reprises de Blues, de Chuck Berry, de James Brown ? Vous y êtes.
Sauf que l'époque a changée, le ton s'est durcit, en lieu et place des donzelles hystériques de 16 ans de 1965 les salles sont bondées d'une faune mêlant vieux briscards de la première vague s'achevant à la gnole et toute une nouvelle génération dégoutée de la branlette de manches (parfois trois manches même) des virtuoses du pénible, et en quête de la vibration sonique tant vantée par leurs grands frères.
Lee Brilleaux au chant et à l'harmonica, Wilko Johnson à la guitare, traumatisé par Mick Green (un des Pirates de Johnny Kidd), John B.Sparks à la basse et The Big Figure à la batterie vont pendant trois ans mener le bal de Londres. Les quatre de Canvey Island connaissent leurs classiques sur le bout des doigts. Muddy Waters, Howlin' Wolf, Sonny Boy Williamson, John Lee Hooker, il n'y en a pas un qu'ils ne sachent envoyer à la face du Rocker.
                                                   

Superbement produit par l'inégalable Vic Maile, Down by the jetty et Malpractice sont les fondations du squatt Punk. Clash, Pistols, Damned ne feront que supprimer l'influence Blues (pour la remplacer dans certains cas par celle du Reggae) pour trouver leur son tout droit venu du Doctor malicieux.
Ces deux albums restent à ce jour la meilleure des choses à poser sur une platine pour décoincer la plus morose des soirées. Deux purs disques de fiesta. Le son est noir, dense, compact et en prime le groupe dispose d'une botte secrète: Wilko Johnson. Non content d'être le merveilleux guitariste que l'on se doit de connaitre, tout en retenu et riffs saillants, notre homme se révèle être un splendide compositeur. Les morceaux originaux sont dignes des reprises qu'ils cotoient. Et c'est rien de le dire: She does it right, The more I give, Roxette, I don't mind, Twenty yards behind, Keep it out of sight, Going back home, Don't let your daddy know, Because your mine, You shouldn't call the doctor et biensûr Back in the night sont d'inestimables perles de furie.


Drivé par la soif d'en découdre Doctor Feelgood va s'user la santé en tournant jusqu'à l'écœurement tandis que Wilko Johnson dilue son talent de compositeur dans sa petite cuillère en argent.  
Malpractice compte déjà plus de covers, Stupidity, un live d'anthologie, précède Sneakin' suspicion, l'album de la discorde. Wilko est à sec, refuse de faire appelle à d'autres compositeurs et c'est l'enregistrement du Lucky Seven offert par Lew Lewis qui met le feu au poudre.
Pour l'anecdote Lew Lewis était alors l'harmoniciste attitré de la scène anglaise, il finira par atterrir en prison après avoir, dans une intense période de dèche, braquer la poste de son quartier avant de se rendre au pub d'en face !
Bref, comme le dira Wilko Johnson plus tard: "Doctor Feelgood c'etait trois alcooliques et un camé. J'ai dû partir".

Lee Brilleaux continuera à sillonner la planète, s'octroyant un circuit à coup de concerts toujours incendiaires. Il saura toujours, au fil des changements de musiciens, composer son groupe de gars de talents et leur insuffler son énergie. Des dizaines de bons disques en témoignent, captés live ou en studio, Be seeing you, As it happens, On the job, Let it roll, l'excellent et speedé A case of shakes, Doctor orders ou Mad man blues notamment.

J'ai eu l'occasion de voir le groupe chaque année à Toulouse, au Bikini, des 80's à la mort de Lee Brilleaux le 7 Avril 1994 et chaque fois la même présence, la même force intacte émanait de l'homme. Lee Brilleaux avait pour habitude de se caler à l'extrémité du bar, sirotant ses cognacs en tirant sur d'affreuses Rothman. Il écoutait son groupe attaquer l'intro du concert avant d'enjamber la scène pour les rejoindre.
Regard halluciné, yeux exorbités, engoncé dans son costard, sa flasque à alcool dans la poche revolver, une éternelle clope à la main, possédé qu'il était Lee Brilleaux restera toujours un incroyable showman à l'ancienne doté d'une voix reconnaissable entre mille. Une grande voix du Rock qui s'éteint d'un cancer dans l'indifférence générale le même jour que l'ultra médiatisé Kurt Cobain. Tout un symbole. 

Wilko Johnson, lui, formera les Solid Senders sans que quiconque s'en aperçoivent et zonera dans le milieu junk de Londres avec ses potes J.J Burnel et Hugh Cornwell des Stranglers. Œuvrant un moment aux côtés de Ian Dury et ses Blockheads ou enregistrant avec Johnny Thunders pour l'album Que Sera Sera, notre homme Wilko poursuit une carrière chaotique toute à son image.

Autre lien entre le Pub-Rock et le Punk, Joe Strummer, alors leader des 101ers, accélère encore un peu plus le tempo avant de plaquer son groupe pour rejoindre le Clash.

Entre temps Eddie and the Hot Rods aura fait causer la poudre. Avec, là encore, deux albums fantastiques ajoutant l'influence mods au Pub-Rock de Feelgood.





Teenage depression (avec une reprise du Shake de Sam Cooke) puis Life on the line sont deux indispensables sommets de violence. Le groupe tentera l'aventure américaine (où le mouvement est incarné par les Fleshtones et initié par les premiers et merveilleux albums du J.Geils Band et de Southside Johnny and the Asbury Jukes groupe drivé par l'inépuisable "Little" Steven Van Zandt) en arrondissant la brutalité inouïe de son son avec l'album Fish'n'chips. L'échec de leur tentative et l'émergence du Punk fera d'eux une série B de l'histoire.
Barrie Masters, leur chanteur, rejoindra une autre formation, les Inmates lorsque ceux çi perdront, pour un temps seulement, leur frontman en chef, Bill Hurley.





Bien qu'auteurs de Shot in the dark l'un des meilleurs Lps du genre (produit par Vic Maile en 1980) les Inmates restent globalement moins passionnants que leurs concurrents. Un chouïa plus pop, le groupe de Peter Gunn, par ailleurs excellent compositeur, maintiendra toutefois la tradition à flots durant de longues années. Les Inmates resteront particulièrement connu en France pour leur album de reprises des Beatles à la façon des Stones produit par le journal Libération.
Graham Parker, toujours en Angleterre, est lui aussi une figure forte du Pub-Rock. Entouré par The Rumour (avec John "Irish" Earl au sax), le chanteur compositeur enregistrera à partir de 76 une poignée d'excellents albums teinté de rhythm'n'blues efficaces parmi lesquels Howlin' wind, Heat treatment, Squeezing out sparks et mon favori Stick to me. Par la suite il tentera à son tour la percée aux states à coup de disques rappelant parfois le meilleur du Springsteen des débuts, là encore l'indifférence sera la seule réponse d'amer-loques nourrit au rock FM bas du front.




Barrence Whitfield and the savages, de Boston, furent la dernière incarnation du genre enregistrant entre 1987 et 1990 quatre albums alliant l'hystérie de Little Richard à la puissance d'exécution des meilleurs formations du genre. Le live Emulsified (un sommet de furie rock'n'roll) puis un Let's lose it parfait, sortit sur New Rose, donne encore un aperçu probant de ce que le bonhomme pouvait envoyer sur scène. Un concert au Bikini en 90 me donna l'occasion de vérifier leur réputation, l'enchainement des trois premiers morceaux du set créa un début d'émeute dans le public tant la charge était héroïque ! Barrence Whitfield en fut bon pour un laïus apaisant et une ballade soul afin de calmer les esprits...avant de réattaquer plein pot ! 
Fantastique concert !
Once again le succès brilla par son absence.
   
                                               
Le Pub-Rock disparaîtra du haut de l'affiche tandis que la musique de masse devint plus insipide que jamais. Son authenticité rugueuse et sa gouaille populaire échappant aux chapelles du Rock actuel. Dernier mouvement sans hype, il aura manqué au Pub-Rock une image, un flamboyant leader poético-mes-couilles s'overdosant dans sa mièvrerie, une accroche à vendre. Il lui aura manqué l'ambition de faire des "chefs d’œuvres", celle de briller de mille paillettes sous les néons de l'industrie. Le Pub-Rock sera resté un genre gras du cheveux, imbibé d'alcool et de passion.
Exactement ce qui fait son charme.


 Hugo Spanky

lundi 18 janvier 2010

NeW YORk ciTy seReNADe

Quand Hugo Spanky se lance dans une thématique sur New York, ça commence dans le New Jersey et ça finit à Marseille !

                                                                                                                         

Dans un de ses jours de clairvoyance poudreuse, Jean-Claude VanDamme a dit : Si on enlevait l'air du ciel, les oiseaux tomberaient. J'ajouterai pour le paraphraser: Si on enlevait New York de l'histoire du Rock, on se ferait drôlement chier. 

Pourtant ce n'est pas exactement à New York que démarre notre histoire mais plutôt dans sa banlieue, le New Jersey, avec celui deviendra la première idole pour adolescents décadents: Francis Albert Sinatra.

Omniprésent dans les charts et sur les ondes ou au plus bas d'une carrière tumultueuse, raide dingue d'Ava Gardner. En train de défoncer la devanture d'un casino avec une voiture de golf ou sur les scènes du monde, Sinatra adoptera toujours une attitude érigée en art de vivre. De par son intransigeance face à la médiocrité et son affirmation survoltée, Frankie demeure celui qui définira au mieux la "cool" attitude adoptée par les Rockers. Bien loin des jérémiades d'un James Dean, c'est dans l'arrogance naturelle et le cold as ice du môme d'Hoboken qu'il faudra chercher la meilleure définition de la dignité. 
Frank Sinatra mettra très vite tout le monde d'accord sur son cas, sans doute pas au goût de chacun, loin de là, mais incontournable quoi qu'on en pense. Alors pour sélectionner un album ou un autre, comptez pas sur moi, Tony Soprano n'était encore qu'un vague projet pour ses parents que notre homme avait déjà gravé toute une palanqué de fabuleux vinyles. Sinatra est tout bonnement sur le toit du monde durant toute sa période Capitol Records et une compilation ne suffira jamais à résumer la suite sur Reprise. On cause quand même d'un type qui, avec plus de 25 ans d'écart, a enregistré des pointures comme I get a kick out of you (1954) et New York New York (1980)! Vous en connaissez beaucoup qui soient restés à un tel niveau aussi longtemps ? Et tout ça sans s'être jamais mis au Disco, ni teint les cheveux en vert !!! 
On s'est compris, peut être est-ce là encore un de mes nombreux blocages, mais en ce qui me concerne Frank Sinatra est notre père à tous, les cinglés de musique.
     


Si l'interprète de It was a very good year est éternel, ce ne fut pas le cas de son flamboyant New York. Durant les 60's, les quartiers se radicalisent, les mélanges se raréfient, la mort de Kennedy n'arrange rien, l'espoir qu'il incarnait finit le crane en miettes à l'arrière d'une décapotable, s'en est terminé de l'américain propre sur lui, il se découvre les mains couvertes de sang. Dès lors tout ne sera plus que décrépitude. La came, l'alcool à outrance, les pills, la défonce entre dans la partie, Charlie Parker à soudain plein d'émules. Et qui de mieux que Lou Reed pour résumer tout ça ? En à peine dix ans on sera passé du suicide romantique du Heartbreak Hotel de Presley à la souffrance vicieuse, assumée, revendiquée et choisie dont se délecte le Velvet Underground et ses histoires de shooteuses. 


L'époque est aux bouleversements, à la prise de conscience, de partout la pression monte, des voix revendicatives se font entendre. Say it loud ! Le temps où James Brown enflammait l'Apollo d'Harlem n'est plus une image, dans le Bronx les brothers font du raffut et ça va pas aller en s'arrangeant. Under the broadwalk, les seringues s'entassent, les billets changent de mains contre un peu de sexe sans tabou.

Le Velvet Underground, la Factory de Warhol, les romans d'Hubert Selby, la faune de Flexus (Yoko Ono en tête), tout cela est encore bien loin d'éclater à la face de la culture mondiale, pourtant c'est bien de là que vient ce goût pour la provocation qui en décomplexera plus d'un au cours de la décennie suivante. Sans en faire une tartine sur le Velvet Underground, je soulignerai juste que si leur premier album est évidemment d'une importance historique que seul Charlton Heston pourrait nier, musicalement c'est avec leur troisième que je suis le plus raccord. L'album sans nom parut en 69 montre un groupe plus posé, débarrassé de l'encombrant "bruitisme" de John Cale, dont Lou Reed ne supportait plus le crin-crin. Le Velvet offre à certaines des plus belles compositions de son irascible leader, une interprétation d'une inquiétante beauté (Candy says, Pale blue eyes, That's the story of my life) mais c'est néanmoins avec l'album suivant, Loaded, celui de Sweet Jane et Rock'n'Roll, que Lou Reed définira ce qui s'imposera comme "le son de New York".


Un son que les incomparables New York Dolls vont porter à son paroxysme. Avec en leur sein un trio qui représente ce qui ce fait de mieux dans le domaine - Jerry Nolan, Syl Sylvain (dont les albums en solo valent largement le détour) et, bien sûr, mon idole absolue, celui pour qui j'ai damné mon âme en l'offrant tout entière au Rock'n'Roll: Mister Johnny Thunders - les Dolls vont graver deux disques d'une intensité et d'une classe qui vont donner envie à toute une génération de s'armer de guitares. Et je cause même pas des concerts, le peu que j'en ai vu en vidéo atteste la légende: avec ou sans lipstick les New York Dolls étaient des tueurs. La parfaite incarnation de l'énergie et de la débauche des bas fonds de Taxi Driver. En l'espace de trois ans, ils vont outrer le beau monde, et du Mercer Arts Center jusqu'à Londres œuvrer pour débarrasser le Rock de ses prétentions progressives. Avec les Dolls c'est outrances à gogo, les zozos vont se mettre minables pour le compte mais auront tellement brillé et flambé dans les nuits New Yorkaises que leur souvenir irriguent encore aujourd'hui, les veines des adeptes du Rock'nRoll le plus turbulent !


Parfois, il semble qu'un endroit soit touché par la grâce, en général elle choisit les beaux quartiers mais il arrive qu'elle s'égare du côté sauvage, perturbée sans doute par la pollution ou la fumée d'une cigarette, et qu'elle atterrisse sur quelques bistrots mal famés qui trônent en vestiges d'une civilisation ancienne. L'un d'eux se nommait le CBGB et n'avait pas grand chose pour lui jusqu'à ce que viennent y roder quelques misfits aux pupilles éclatées.
D'un quartier pouilleux, ils vont faire le centre du microcosme Rock et lancer une vague qui va faire trembler la grosse artillerie du business. Aucun autre mouvement n'aura engendré autant de bons groupes, autant de grands disques, autant de fusion des sons, des rythmes, de nouveautés bandantes ! Aucun, pas même le Londres de 77 qui à l'exception du Clash, de P.I.L ou des Subway Sect va tourner en rond très vite, poussant la connerie jusqu'à renier ses seuls groupes aventureux. 
La grande force du Punk New Yorkais est d'avoir non seulement lancé le truc dès 75 avec les Ramones, mais surtout de l'avoir porté à un tout autre chose qui ressemble fort à la quintessence de la Rock Music. Je vais essayer de ne pas donner dans le name dropping mais, bordel, rien qu'entre 1975 et 1980, il y a de quoi chopé le tournis en pensant à toutes les figures indélébiles que New York a imprimé dans nos rétines.

A commencer par Blondie et leur délicieux premier album. Un son minimaliste, des chansons magnifiquement troussées, une pop garage 60's que Debbie Harry sublime par son arrogance.
Avec plus ou moins de réussite, le groupe se montrera, au fil des années, téméraire dans ses productions et incarnera à jamais ce que le CBGB avait de plus mignon en rayon. Parce que dès qu'on cause des Ramones ça se gâte niveau charme, même si Debbie désignera Joey Ramone comme étant l'homme le plus sexy au monde avant d'enregistrer à ses côtés le sucré Go lil' Camaro go pour l'album Halfway To Sanity des turbulents faux-frères.
Arrivé là, je dois dire qu'avec les Ramones, niveau musique on touche au légendaire. Notre Révérend Harry Max Powell  leur a consacré un blog complet il y a peu ici même, donc je ne vais pas m'étaler. Mais ne vous privez pour rien au monde de Leave home, Rocket to Russia, Road to ruin et Alive, ni bien sûr de l'album fondateur du Punk Rock, leur premier.

Les Heartbreakers de Jerry Nolan et Johnny Thunders vont pousser à l'extrême le son des Dolls avec le bordélique, ébouriffé et indispensable L.A.M.F. L'un des plus fidèles témoignages du son New Yorkais dans toute sa cradingue splendeur. N'écoutez pas ceux qui critiquent encore et toujours le mixage du Lp, le débat est aussi vain que pour Raw Power, ce ne sont pas des disques fait pour plaire mais pour cogner fort. 


Johnny Thunders avec, puis sans, ses Heartbreakers va débouler sur Londres (où seront enregistrés la plupart de ses disques, LAMF y compris) et influencer ce qui deviendra la scène Punk anglaise avec des concerts furieux, foutraques et une attitude de poupée brisée, inspirée par sa rencontre avec Marc Bolan (dont il reprendra The Wizard) à la toute fin des 60's.
Au fil des ans, Johnny Thunders n'aura de cesse de tourner encore et toujours, vivant de ci de là, bien souvent avec, comme seule compagnie, la femme de ceux qui n'en n'ont pas.
Sur le tard, le gamin de Brooklyn aura bien essayé de réorganiser une carrière pour le moins chaotique. Musicalement irréprochables les démos pirates (Bootleg Studio) de ce qui aurait dû être son dernier album laissent entrevoir un futur plus apaisé. Hélas, son sang ne contenait plus de quoi finir le voyage, atteint de leucémie Johnny Thunders ne laissera pas le temps à la maladie de faire son œuvre et ira mourir d'un shoot frelaté dans cette Louisiane où il projetait depuis si longtemps d'enregistrer. 


Il reste les disques, dont Copy Cats sur lequel le bonhomme dévoile l'étendu de son bon goût à travers des reprises sublimées avec panache et le souvenir d'un mec recta pour qui la musique ne devait subir aucune concession. Autant dire un mec d'une autre époque.


Une époque où pour ce qui était de foutre en vrac les frontières les Talking Heads n'avaient pas leur pareil. En l'espace de cinq ou six albums essentiels, la bande à David Byrne va atomiser le son Rock, l'exploser à grands coups de percussions tribales, de basses énormes, le tout armé d'une audace qu'on n'est pas près de revoir. Le must de l'histoire c'est qu'ils feront tout ça en remportant un succès énorme à travers notre vaste planète. 
Pensez-y, les Talking Heads faisaient des tubes intelligents et instructifs, qui titillaient l'éveil culturel du public. Le dvd live Stop Making Sense témoigne de tout ça et son acquisition n'est dispensable qu'aux cons.



Mais ce New York clinquant et névrosé ne se contentait pas de peu et Mink DeVille viendra bien vite briller à son tour avec les albums Cabretta, Le Chat Bleu, Coup De Grâce, des disques dont je dirais simplement que c'est pas demain la veille qu'ils me laisseront finir mes nuits blanches sans réconfort.
Dans le genre hormones en folie, les Electric Chairs de Wayne County, depuis devenu(e) Jayne, étaient également une sacrée machine à pulsations soniques. Leur album de 1978 avec Eddie and Sheena, Bad in bed et Fuck off est une merveille de pur Rock'n'Roll. 



D'autres se montrèrent plus radicaux comme Suicide, puis Alan Vega en solo (Juke Box Babe, Collision Drive), Richard Hell (Blank Generation), James White and the Blacks (Off White), Lydia Lunch (jetez vous sur son livre Paradoxia paru au Serpent à Plume, dans le genre cru et vécu on ne fait pas mieux) ou carrément exotiques comme Kid Créole and The Coconuts (Tropical Gangsters, Fresh Fruits In Foreign Places), voire revival comme les Stray Cats. Quant à Television, désolé mais j'ai jamais accroché.
Pour faire bonne figure (ne vous y habituez pas, c'est rare) je vais même citer (soyons fous) la harpie velue en chef, Patti Smith et son valable Radio Ethiopia. Et il faudrait que je cause cinéma. Jim Jarmusch, Tom DiCillo, Richard Kern vont saisir sur celluloïd les mêmes instants troubles dont les disques, les peintures et les livres témoignent. On en finirait pas, New York, fasciné par lui même, narcissique comme jamais, s'est laissé immortalisé dans sa folie déjanté par tous les formats existants. 


Avec cette profusion de groupes, le New York de la fin des seventies est devenu un phare qui attirent les plus aventureux des Rockers. Voilà que des furieux affluent d'un peu partout du globe, comme les Cramps -dont l'intégrale s'impose comme indispensable même si l'imaginaire de Las Vegas remplacera celui de New York au fil des années- Sid Vicious qui n'y survivra pas. Les Dead Boys de ce grand suceur de tampons usagés : Stiv Bators déboulent depuis Detroit (Young, Loud and Snotty, We Have Come For Your Children). Phil Marcadé rapplique de france et s'intègre à la faune avec ses Senders et leur pub rock en surchauffe. Il raconte tout ça bien mieux que moi dans son bouquin Au-delà De L'Avenue D qui complète à merveille les témoignages réunis dans Please Kill Me.

                                                         
Bizarrement le disque qui incarne le mieux le melting-pot New Yorkais du début des 80's demeure le Sandinista ! des anglais du Clash. Avec leur triple lp's, le groupe va non seulement résumer la diversité du son et de la scène de Big Apple mais en prime lui présenter son avenir: le Hip Hop.
                                                      

 Tandis que le Punk Rock s'égare dans l'héroïne et la No Wave (Jim Jarmusch étant ce qui en est sorti de mieux même si les compils New York Noise et No N.Y ont leurs bons moments), du Bronx va sortir un groupe qui révolutionnera la face de la planète: Public Enemy ! La bande à Chuck D va balancer un son d'une puissance et d'une agressivité qui n'a d'égale que la virulence du message véhiculé par des textes habités par la révolte. 
La New Wave n'a pas fait tomber les barrières que du côté blanc-bec de la société ricaine, les Blacks ont perçu la secousse et s'invitent à la fête. Tout un mouvement va émerger des ghettos, que ce soit via les graffitis, la danse, le DJing ou le Rap, rien dans le monde tel que nous le connaissons n'aura échappé à l'influence du Hip Hop.
Dès le début des 80's, GrandMaster Flash, Kurtis Blow, Afika Bambaataa ou Run DMC lancent la machine, mais c'est Public Enemy qui fait le joint avec le monde du Rock, lorsqu'en plus des discours de Martin Luther King, Malcom X ou Louis Farrakhan, en plus des samples de James Brown, ils envoient des riffs de guitares à faire passer Exploited pour des adeptes d'Alan Stivell !!!
Mot d'ordre: Bass for your face !!!! 

Fear Of Black Planet, It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back, How You Sell Soul To A Soulless People, Muse Sick And Hour Mess Age ou New Whirl Odor témoignent de la déflagration sonore dont est capable le groupe. Pour les avoir vu avec 7red à Marseille, il n'y a pas si longtemps, je vous l'affirme Public Enemy est le dernier des grands groupes Rock !



Depuis cette période aussi unique qu'intense me voilà en rade de nouveautés estampillées norme de qualité N.Y. Il y a bien eu des soubresauts (la constellation Wu Tang Clan) mais jamais aucun mouvement à la hauteur.
Récemment, 7red causait de sa destination s'il arrivait à dégoter une machine à remonter le temps, je crois que je n'ai plus besoin de vous dire la mienne.
                                                                      
Hugo Spanky