mercredi 8 juillet 2009

T.ReX


La mièvrerie a remplacé la romance, les poses ont remplacé l'attitude, le son a remplacé l'énergie. Romance, attitude, énergie, une bonne définition de Marc Bolan.

 



Deux clans s'opposent lorsqu'il est question de T.Rex, ceux qui ne jurent que par Electric Warrior, et ceux qui lui préfèrent The Slider. Des pitres des deux côtés, si vous tenez absolument à avoir mon avis. Si débat il doit y avoir pour choisir entre deux albums, lequel incarne au mieux le sommet de Marc Bolan, c'est entre Tanx et Dandy In The Underworld que ça doit se jouer. Et c'est marre. Deux albums débarrassés des titres lourdingues aux relents métalleux enregistrés pour plaire aux fanas de Led Zeppelin, des titres qui me gavent et dont The Slider regorge. Pour Electric Warrior je serais moins formel, ce disque est celui de Cosmic dancer, Life's a gas, Mambo sun, Girl et Monolith, ça suffit à mon bonheur mais ça fait pas un disque entier qui tient la route.


Et donc, Tanx, malgré la présence du mythomane en chef Tony Visconti, surement l'un des producteurs les plus surestimés de la grande saga du Rock tandis qu'un génie aussi sauvage que Vic Maile est complétement tombé aux oubliettes, faute d'avoir eu le temps de romancer ses souvenirs sur papier sans doute, bref, malgré l'autre tâcheron qui s'imagine avoir tout inventé, le gars Bolan envoie une merveille de disque aux compositions d'une extrême beauté. Marc Bolan, avant même les New York Dolls, réhabilita Eddie Cochran et le song writing simple et efficace des pionniers. Summertime Blues sera pour T.Rex ce que Oh Carol fut pour les Stones, le facteur clé qui change toute une vie. Outre reprendre ce classique, il va disséquer les riffs de son idole, les triturer, les ralentir, créant un style qui au final ne doit plus rien à personne, tant grâce à cette touche pop dans les mélodies, qu'à cette voix reconnaissable entre mille. Les chansons de Marc Bolan ont cette manière de vous causer à l'oreille, chacune d'elles vous racontant sa brève histoire, comme Somethin' else, comme C'mon everybody comme Cut across Shorty ou Sittin' in the balcony.
Comme Eddie Cochran, Marc Bolan trouvera la mort dans un accident de voiture à Londres. La vie est chienne.



Je recentre. Tanx, qui tourne encore sur ma platine, est l'un des premiers disques à m'être tombé sous la main. Le genre qui tient méchamment la tête haute face aux outrages du temps. Vous en serait convaincu ou pas, je m'en fous comme de l'an 40, cet album, je ne cherche même pas à le faire partager, je me le garde au chaud, pour ma pomme. Son écoute est ainsi immaculée des réflexions des uns et des autres, des sarcasmes du peuple (j'en ai assez avec ceux des journaleux qui l'ont toujours descendu pour mieux encenser les deux lp's précités).
Ouais, mon Tanx à moi et basta. Avec ce Mad Donna que je rêve d'entendre à nouveau sur les ondes tant, j'en suis sûr, il ravagerait encore par sa fougue et sa concision. Et Left Hand Luke, qu'en dire ? Mon morceau favori du gonze Bolan, une ballade up tempo emballée comme un cornet de marrons chauds. Un morceau construit comme plus personne ne sait les construire, avec chœurs façon gospel braillard et une attaque sans intro qui embarque d'emblée le quidam pour ne plus le lâcher, jamais. La partie de basse est démente, tout dans ce morceau respire la liberté, les violons, la guitare, le piano, les chœurs, chacun d'eux se laissent emporter par la mélodie jusqu'à l'acmé terminale aussi cocasse que le reste.
 


Mais je m'emballe, il ne va plus me rester de cartouches pour vous causer de Rapids, un slow-rock parfait pour tortiller du cul, du fabuleux Broken hearted blues, là encore une mélodie si belle qu'elle m'en donne une envie irrépressible de plonger dans le spleen, de laisser monter le poison. Tout le charme du disque est là, dans ces mélodies qui accrochent l'oreille sans jamais la lasser. Marc Bolan avait ça du rock'n'roll originel, jamais ses morceaux ne duraient plus que nécessaire, quitte à finir en casse gueule.

Quand il fait dans le délicat, ça donne Electric Slim & the factory Hen, Life is strange, The street and babe shadow, Highway knees, Mister Mister, autant de perles pop et groovy, simples et bancales, chansons comme captées plus qu'enregistrées, aux richesses ne se dévoilant qu'au fil des écoutes. Mes préférées.
Quant il œuvre dans le viril, ça ne l'est jamais vraiment tout à fait. Que Tenement lady se veuille nerveuse, et le naturel reprend le dessus avec une seconde partie de chanson totalement sous le signe de la romance barrée. Pour tout dire, c'est lorsqu'il arrive à tenir un Rock jusqu'au bout que le disque est le moins passionnant (Shock Rock, Born to boogie).



Si vous voulez du Bolan nerveux, groove et moderne, c'est Dandy In The Underworld, l'autre sommet du bonhomme, qu'il vous faut.


Un disque magique. Avec synthé discret en lieu et place des orchestrations fastes du passé luxueux. C'est que Bolan est au fond du trou au moment de graver cet ultime album. Victime de la fin de la mode Glam,T.Rex ne vend plus, quelques albums inégaux, malgré des compos toujours aussi merveilleuses, déculpabilisent les fans qui abandonnent le navire chancelant. Les minettes qui hurlaient son prénom à Wembley se tournent vers d'autres frissons. Conscient de son lent déclin, Bolan s'enferme en comité réduit dans un studio cheap, soigne ses chansons et grave avec un minimalisme inhabituel ce lp attaché à un retour à un Rock tranchant teinté d'une touche Funky.

I love to boogie préfigure le Juke box babe d'Alan Vega, Dandy in the underworld, l'une des plus belles, cause avec lucidité (ce qui, pour un gars dont les paroles piochent généralement dans les légendes celtiques, n'est pas rien) de ses récents égarements dans l'illusion de la dope, Jason B. Sad recycle avec classe le riff de Get it on (qui est à Bolan ce que Johnny B. Goode est à Chuck Berry, une signature) et un grand nombre des autres morceaux font partis de ce qu'il a enregistré de plus percutant (Hang-Ups).



On est en 77 lorsque sort l'album, depuis Tanx en 73 le public s'est passionné pour cette merde inqualifiable de prog-rock, et il faudra Doctor Feelgood pour replacer le critère énergie au centre des débats, sans toutefois assumer le côté jupettes et paillettes (je paierai cher pour une photo de Lee Brillaux sapé en tafiole).

1977, et les Damned qui n'oublient pas et ne renient rien, embarquent T.Rex sur la route avec eux.
1977, et le destin de Marc Bolan qui tutoie pour l'éternité celui d'Eddie Cochran, tandis que pogotent les Punks sur des riffs et des mélodies qu'ils n'auront pas eu à inventer.

Alors vous faites comme d'hab, les vinyls doivent bien trainer dans le bac à soldes du disquaire du coin, et une superbe édition de Tanx en double cd est sortie il y a une dizaine d'années. Elle inclue une version "de travail" de l'album, dépouillées de la sorte les chansons se révèlent aussi bandantes que dans leurs versions définitives, le single Children of the revolution est également au sommaire ainsi que le fabuleux 20th century boy et toutes les faces B qui vont avec. Dandy In The Underworld, ça doit être un chouïa plus compliqué mais seulement si price minister vous est étranger. C'est dire si aucune excuse ne sera acceptée, même si les plus originales gagneront une intégrale des Ruts période Malcolm Owen.
 

 Hugo Spanky